humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Plan fixe sur une banlieue russe aux allures très soviétiques, avec des voitures qui circulent dans un matin blafard entre les cheminées d'une centrale atomique.
Dans l'autobus, une petite fille mal réveillée que sa maman conduit à l'académie de danse classique locale, pour un casting.
C'est le début du film.
A la fin du film, la petite fille a grandi, elle a travaillé à Aix-en Provence, elle a travaillé à Anvers, et elle revient vers son premier professeur à l'académie de danse de sa ville, où les mêmes cheminée de la même centrale nucléaire sont toujours en activité.
Sinon, rien.
Sinon, quatre petites scènes de vraie jubilation artistique : la petite fille danse dans la neige avec son casque sur les oreilles qui lui diffuse de la musique moderne; plus tard, la jeune fille danse sur les quais du port d'Anvers, la nuit, avec son amoureux; un plan large de la ville à la nuit tombée, avec le flux des voitures qui rentrent à la maison, et les deux artistes, tout petits, dans une vignette de l'écran, qui répètent leur ballet; et enfin, le ballet en spectacle avec un décor de forêt sous la neige en fond de scène.
Sinon, rien.
Même Juliette Binoche en professeur-chorégraphe n'arrive pas à être crédible. Et pourtant Binoche joue bien, elle a des regards qui parlent, et Binoche aime danser. Elle l'a prouvé en 2008, en se produisant dans un ballet à deux intitulé "In-I" , avec Akram Khan au Théâtre de la Ville. Binoche aime les défis, elle n'a pas peur du danger. Sans grande imagination, les réalisateurs de Polina se sont dit qu'il fallait son nom au générique pour soutenir leur film. Entre 2008 et 2016, Binoche a continué à aimer la danse, et elle a dit oui. Mais Binoche n'est pas chorégraphe.
Alors, rien.
Quel dommage, quand on évoque le Bolchoï, quand on sait la difficile discipline de cet art millénaire, quand on a la chance d'avoir une danseuse actrice qui a parfaitement compris la leçon initiale : "on ne doit pas voir que tu as mal", quel dommage d'en arriver à un résultat aussi monotone.
Le scénario est tiré d'une bande dessinée de Bastien Vivès. Heureusement qu'il y avait cela.
Si vous avez un retard de cinéma, allez plutôt voir le très beau Frantz de François Ozon pendant que ça passe encore - peut-être - dans une salle près de chez vous. A Paris, c'est mort, l'obsolescence programmée des films, y compris les meilleurs, a été abandonnée à l'élite promue de nos grandes écoles de commerce. Faut que ça tourne, faut faire du fric.
La seule chose qu'aient en commun Polina et Frantz c'est la scène d'une jeune fille qui veut se noyer de désespoir. Elles s'en sortent toutes les deux.
Sinon rien.
ML
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=KS4bL42OY8E