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humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!

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Les gardiennes - film de Xavier Beauvois

1915… 1916… 1917… 1918… 1919… 1920

Six longues années, dont quatre pendant lesquelles les saisons passent, à leur rythme lent, automne, hiver, printemps, été, sur des champs où il faut labourer, semer, récolter, et des fermes où il faut engranger. Et les hommes qui font la guerre, sur le front. Qui reviennent en permission à pied et qui repartent à pied. Lentement.

Six années, longues et lentes, ça ne se raconte pas en trois quarts d'heure, ni même en une heure et demie.

Pour Xavier Beauvois, ça mérite bien deux heures et quelques petites minutes. Deux heures et 4 minutes pour être précis.

 

Les gardiennes, ce sont ces femmes privées de leurs hommes qui entretiennent la propriété, terres et pierres, qu'elles soient la patronne ou les employées, en espérant que la paix viendra bientôt tout remettre dans l'ordre d'avant, avec même une petite part de bonheur. Ernest Pérochon leur a donné le jour en leur consacrant son roman éponyme en 1924. Xavier Beauvois leur offre des corps et des visages presque cent ans plus tard.

 

Hortense, la patronne (Nathalie Baye), elle pèse de tout le poids de son petit corps sur le soc de la charrue tirée par les bœufs que conduit sa fille Solange (Laura Smet). Les sillons sont profonds, irréguliers. La terre est pleine de traitrise. Hortense trébuche, tombe, se relève. Ses épaules avachies lui font un dos rond, comme aux vieilles.

Son mari, Clovis (Olivier Rabourdin) est à la guerre. Comme ses deux fils, Constant, l'instituteur (Nicolas Giraud) et Georges (Cyril Descours). Comme tous les autres hommes en âge de porter un fusil.

Il reste juste le Vieux. Henri, le père, avec ses mains nouées sur les douleurs, qui boite, qui n'est plus bon qu'à donner de la sagesse. Et le maire, qui toque à la porte ici et là, qui ôte son chapeau, le tient sur la poitrine, et qui, le regard bas, prononce le nom de celui qui est tombé là-bas, au feu et dans la boue.

 

Alors, il lui faut de l'aide à Hortense. Des bras jeunes, disponibles et vigoureux. On lui recommande Solange (Iris Bry). Elle est honnête, elle est solide, elle est sensible et généreuse, elle travaille dur. On se dit que rien ne viendra semer la moindre chicanerie au milieu de ces femmes de devoir.

Et puis, il y a ceux qui tombent, il y a les permissions, il y a les américains qui sont là, presque comme en vacances, qui partiront au front, mais plus tard, qui donnent, en attendant, un coup de main au battage, plus adroits à lever le coude qu'à manier le fléau.

Et Hortense qui veille, qui scrute, qui compte, qui est bonne, mais qui est là pour maintenir l'ordre.

 

Xavier Beauvois, c'est un chti. On a le goût du travail et de la famille dans le Nord, il sait de quoi il parle. Il a tourné son film dans la Creuse, terre de France économiquement faible, sur les quatre saisons, sous la chaleur comme dans la boue. Il y a trouvé Henri, son Vieux (Gilbert Bonneau, 78 ans), qui n'avait jamais joué quoi que ce soit, ni sur scène ni derrière la moindre caméra. Plus vrai que nature. On lui avait passé une ficelle autour de la cheville, que l'assistant tirait légèrement pour lui signaler que c'était à lui quand il tardait un peu pour donner une réplique.

Mais de réplique, il n'y en a pas des tonnes dans ce beau film. Ce sont les images qui parlent. Et les silences.

Alors Le Figaro peut bien titrer "un feuilleton rural ennuyeux, et démodé", il ne fait que révéler ses valeurs. Pour Eric Neuhoff le rural est ennuyeux. Il trouve que réaliser un film sur celles qui travaillent à l'arrière pendant qu'au front les hommes se font casser la gueule, au propre et au figurer, c'est "démodé".

Pas étonnant que La Dépêche le qualifie de "chroniqueur snob et mélancolique" (13/12/2016).

 

Il suffit de trois scène de guerre pour rappeler, si on devait l'oublier, que c'est ce qui se passe à l'avant. Mais tout le reste se déroule aux champs ou entre les murs, filmés les uns et les autres avec une élégance de peintre.

 

Les sentiments sont, ici, plus présents que l'Histoire qui se déroule. Bien sûr, il se passera des choses dans ce brassage de personnages. De la tendresse, de l'amour, de la colère, de la frustration, de la jalousie, de l'injuste, et du calcul. Tout ce qui fait que ce n'est ni ennuyeux ni démodé, tout en étant profondément rural, n'en déplaise au chroniqueur snob du Boulevard Haussmann.

 

Et si l'on peut parfois trouver que c'est lent, il n'est pas interdit de penser que c'est ce que se disaient les poilus qui se battaient des jours et des jours pour gagner dix mètres sur les positions de l'ennemi.

 

Après, Le petit lieutenant (2004) , Des hommes et des dieux (2010), Xavier Beauvois nous livre à nouveau un film qui raconte une histoire et qui donne à réfléchir sur le sens du devoir. Ce qui ne se fait pas forcément dans la mode ou dans la précipitation.

 

ML

 

La bande-annonce derrière ce lien: https://www.youtube.com/watch?v=cD8q7YJnE7k

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