humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Un bébé sort du ventre de sa mère, entourée par les femmes, pendant que, dans le même village, un autre bébé est en train d’y mourir. Parce que sa mère à lui, vient de tomber sur le chemin caillouteux du retour de la source, harassée par le poids des seaux d’eau qu’elle rapportait à la maison, enceinte de plusieurs mois.
A la même heure, alors que les youyous envahissent la terrasse de la maison du bonheur, les hommes boivent paisiblement le thé à la menthe à la terrasse du bistrot qui surplombe la place du village, et se congratulent. Et une femme qui devait être mère pleure dans sa solitude.
Faute à la sécheresse ou faute aux hommes ?
Ca dépend des points de vue.
On est dans un pays du Maghreb ou de la péninsule arabique.
Voilà le décor, et voilà le point de départ de ce conte poétique, histoire d’une révolte menée par deux femmes courageuses (Leïla et « Le vieux fusil ») qui ne veulent plus être les seules, avec les autres femmes, à amener l’eau à ce village dont les hommes ont le cœur aussi sec et coupant qu’un buisson d’épines.
Voici aussi un hymne à l’amour et au courage, beau, intelligent, humain, et didactique, qui libère une parole coranique apaisée, et qui replace les traditions dans leur contexte historique, n’en déplaise à d’ éventuels détracteurs obscurantistes.
Un conte qui, par certains détours, se rapproche de la tragédie grecque quand celui qui a trahi la confiance d’une femme surgit d’un passé douloureux et « recousu ». Mais jamais le réalisateur ne nous laisse à penser qu’un inéluctable drame sortira vainqueur de cette collision des sentiments. Car l’humour des dialogues est un détrompeur efficace, et parce que la révolte a du cœur. Et ce cœur est celui de Leïla (superbe Leïla Bekhti), petite sœur d’une Antigone de l’Atlas, qui peut compter sur la détermination et l’expérience d’une aînée (« Le vieux fusil » , magistrale Biyouna) qui sera sa mère d’adoption dans cette toute petite patrie qui n’est pas la sienne.
Avez-vous jamais essayé de porter la révolte sur une terre étrangère ? Leïla « Che Guevara » va rencontrer tous les obstacles dans son combat pour l’égalité, l’amour, l’honneur et la sagesse.
Mais progressivement sa lutte va éveiller des consciences. Certaines vont se rallier, parfois inattendues, d’autres vont encore résister, sous couvert des traditions.
Imaginer que des séries B de la télévision mexicaine puissent contribuer à cette évolution n’est pas la moindre des surprises dans ce scénario inventif et courageux.
Le mieux qu’on puisse lui souhaiter serait de nourrir intelligemment, et à point nommé, un débat dépassionné sur l’Islam.
Et le moins qu’on puisse espérer est assurément une pluie de récompenses aux prochains Césars.
Radu Mihaileanu s’est fait remarquer sur nos écrans avec Va, vis et deviens en 2005, et avec Le concert en 2009.
Tous ses acteurs sont magnifiques, mais on citera surtout Leïla Bekhti (Leïla), Hafsia Herzi (Esmeralda) qu’on avait découverte dans La graine et le mulet, Biyouna grande figure de la scène algérienne, Saleh Bakri (Sami, le mari de Leïla) , Hiam Abbas (Fatima, la belle-mère de Leïla), et d’autres acteurs dont on n’a pas retrouvé les noms, notamment le beau-père de Leïla, et l’Imam du village, mais aussi tous les habitants de Warielt (Maroc) qui peuplent ce génial moment de grâce et d'optimisme.
La source des femmes , nominé cinq fois au dernier festival de Cannes, et … pas un prix, alors que la palme est revenue au pompeux Arbre de vie de Terrence Malik !!!
C’est le plus beau film de la saison, et ne pas se précipiter en salle pour le voir serait… un péché.
ML
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