humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
J’accuse ! s’était en son temps exclamé Zola à propos de l’affaire Dreyfus. L’affaire Cahuzac qui n’a rien à y voir est pourtant une opportunité à saisir pour renouveler et contribuer à sauver notre démocratie. « La hune » va se muer en procureur pour exprimer un certain nombre d’accusations dérangeantes…
Je n’accuse pas Jérôme Cahuzac puisqu’il a avoué (partiellement, sans doute) ses fautes et ses mensonges. La Justice sanctionnera impitoyablement, on l’espère, un comportement indigne d’un représentant du peuple. Il reste à souhaiter qu’elle le fera rapidement, qu’elle le fera également pour tous les responsables politiques de quelque côté qu’ils soient et qui dissimulent et mentent par intérêt personnel. Qu’ils s’appellent Guerini ou Sarkozy si la Justice les estime coupables. J’accuse cependant une république beaucoup trop laxiste et qui n’a pas encore su se doter d’un arsenal suffisamment efficace et dissuasif pour éviter les dérives comportementales de certains de ses élus. J’accuse un système qui permet à des individus de faire carrière dans la politique en autorisant le cumul des mandats dans la durée et en permettant leur succession durant des dizaines d’années. Outre que ce système facilite les comportements inadéquats de certains, l’immense majorité des citoyens qui se trouvent confrontés à la nécessaire mobilité professionnelle ou géographique ne peut plus se reconnaître dans des représentants qui ont perdu progressivement le contact avec les réalités.
J’accuse les roses moroses, ceux qui ont voté pour François Hollande il y a moins d’un an et qui commencent à crier défaite 4 ans avant la prochaine élection, semblables à des supporters qui, à l’issue d’un match de foot, abandonnent leur équipe parce qu’elle a perdu 3 matches d’affilée. La politique, ce n’est pas l’exploitation du fait divers comme le faisait Sarkozy. Ce n’est pas non plus succomber à l’émotion de l’instant parce qu’un ministre a gravement failli. François Hollande et le gouvernement ont encore 4 ans pour faire reculer le chômage, redresser les comptes publics, relancer la croissance, réformer la fiscalité, moraliser la vie publique et rendre la justice totalement indépendante. On peut estimer que tout cela ne va pas assez vite, comme la limitation du cumul des mandats ou pas assez loin, comme la loi de séparation des activités bancaires. A « la hune », on ne se gêne pas pour l’écrire. Mais il est un peu désolant de voir que certains brûlent aujourd’hui ce qu’ils ont adoré exagérément hier quand d’autres se préparent à jeter le bébé avec l’eau du bain… sans parler du fait qu’à ce petit jeu, ils risquent un grave accident domestique à savoir, brûler leur bébé avec l’eau du bain, c’est à dire, précipiter le retour d’une droite revancharde qui s’y entendra pour détruire des emplois dans l’Education Nationale, assimiler les chômeurs à des assistés etc… On comprend l’émotion du député PS Gérard Filoche apprenant en direct à la télévision la trahison de Jérôme Cahuzac et on ne doute pas de sa sincérité. Mais c’est avec une émotion comparable qu’il va s’opposer à la transcription dans la loi de l’accord sur la flexibilité intervenu entre le MEDEF et une majorité d’organisations syndicales, témoignant ainsi d’une lecture intégriste du Code du Travail. A tout prendre, on peut préférer un Code du Travail légèrement écorné mais dont plus de salariés auront l’usage plutôt qu’un Code sanctifié rangé dans sa vitrine et qui ne sert à rien lorsque l’on est au chômage !
J’accuse une partie de la droite d’opérer une confusion malhonnête entre un individu et la famille qui lui avait accordé sa confiance. Dans ces colonnes, si l’on dénonce les méfaits du quinquennat Sarkozyste, les doutes sérieux que l’on peut nourrir sur la transparence d’opérations menées par l’ex Président relatives au financement de sa campagne électorale, ses relations avec Kadhafi, le financement de sondages à usage personnel ou la conception tout à fait particulière qu’il peut avoir de l’indépendance de la Justice, on ne confond pas l’homme et d’autres membres de sa famille politique dont la rigueur et la loyauté n’ont pas à être mises en doute. Lorsque certains membres de l’UMP utilisent l’affaire Cahuzac pour fustiger la gauche et ses leçons de morale, ils se trompent totalement. Les Français acceptent les leçons de morale d’où qu’elles viennent et sont plutôt disposés à ce que des règles beaucoup plus strictes soient établies et surtout, respectées, par tous les acteurs de la vie publique.
J’accuse enfin le front de gauche et le front national de se repaître des comportements fautifs de certains élus pour fustiger l’ensemble de la classe politique. Tels des corbeaux se nourrissant au bord des routes des restes d’animaux écrasés, ils réclament pour l’une la dissolution de l’Assemblée Nationale et pour l’autre, un « coup de balai » qui n’en est que la traduction dans une langue populiste de sinistre mémoire. Passer du Karcher de Sarkozy au balai de Mélenronchon ne semble pas une grande percée démocratique. Les provocations verbales de ce dernier et les menaces qu’il profère sur un ton qu’il voudrait empreint de la culture révolutionnaire latino-américaine sont la partie émergée d’une stratégie politique qui en réalité, a pour objet d’affaiblir le PC et ses dirigeants. Pour, dans quelques temps, réaliser une OPA sur une organisation qui est nécessaire à la réalisation de son projet personnel. Mais notre « El démagogo » nacional pourra-t-il tenir 4 ans en courant avec d’aussi gros sabots ?
dr