humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Ton père, feu Hara Kiri Hebdo est mort le 17 novembre 1970, interdit de séjour en France suite à son titre «Bal tragique à Colombey, 1 mort »…
En ce 7 janvier 2015, des assassins totalement étanches à l’humour et à la liberté ont voulu te tuer définitivement avec leurs balles tragiques rue Richard Lenoir. Ils nous ont laissé des larmes de plomb mais notre amour de la liberté n’a pas été touché et s’en sort grandi.
Toi et tous tes copains, vous aviez le dessin impertinent mais le trait immensément pertinent. Vous avez appris à des générations entières à rire d’abord, mais aussi à penser aussitôt après.
Mon beauf, ta vulgarité, ton bling-bling, ton racisme ordinaire nous faisaient rire, nous qui pensions que nous n’étions pas ce beauf… mais ton immense talent, c’était de nous amener à réfléchir après sur cette part d’ombre que nous avons tous en nous, d’intolérance, d’esbroufe, de certitudes… Notre propre humanité s’esquissait alors dans ce jeu d’ombres et de lumières.
Vous tous, vous nous avez aidé à comprendre que la vie est plus importante que les croyances et que la simple humanité est de loin préférable à la sainteté.
Nous faire rire d’abord, comme la bouffée d’oxygène préalable à toute vie ; nous amener à réfléchir en même temps, pour devenir conscience, et passer ainsi de la vie à l’existence.
Bien sûr, mon beauf, il va nous rester de vous tous des images, des rires, de saines colères ; mais il faudra bien qu’après vous, d’autres crayons se lèvent, d’autres voix se mettent à tonner, d’autres insolences viennent rabattre le caquet des pseudo-maitres de la pensée, de l’ordre social et de la morale. Il faudra bien que d’autres continuent à ouvrir en grand nos fenêtres sur le monde, nous fassent respirer à plein poumons les parfums de la tolérance, pour nous faire oublier les immondes flatulences des assassins de liberté, des cultes serrés de toutes confessions qui ont l’irrespect de parler au nom d’un Dieu qui n’appartient à personne.
Parce que, si cela n’était, comme le disait si bien Françoise Xénakis, « les autres (en l’occurrence, nous), ceux qui suivent les cortèges, conscience en berne, auraient encore plus de difficulté à vivre ».
dr