humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
En France, les individus portent un nom de famille, le patronyme, précédé en général d’un prénom. Il en est un peu de même pour les partis politiques qui souhaitent s’identifier aux yeux des électeurs, de peur d’être pris dans l’isoloir par leur voisin de palier avec lequel ils ont des relations tendues. On remarquera cependant que le nom et le prénom des partis politiques français est devenu davantage une marque, un emballage marketing, plutôt que l’étiquette décrivant la composition ou le contenu du produit. Petite revue…
Prénom : front, nom : national. L’usage du mot front en tant que prénom n’a rien à voir avec la caractéristique « front particulièrement bas » de l’électorat du FN. Le front désigne ici la posture belliqueuse du parti qui considère qu’il doit faire front face aux menaces telles l’immigration, l’islam, la gauche, l’Europe, les fonctionnaires etc… En période de guerre, le front est fait pour résister et non pour construire. En ce sens, le FN porte bien son prénom puisqu’on chercherait en vain un projet économique et social crédible dans sa musette. En revanche, le patronyme national est un abus de langage car c’est le terme nationaliste qui convient le mieux au contenu xénophobe du produit.
Prénom : front, nom : de gauche. Les remarques ci-dessus restent valables quant au choix du prénom. Le nom de gauche n’est évidemment pas un fantasme aristocratique du seigneur Mélenchon mais constitue une appropriation assez abusive du terme « gauche », tendant à considérer que tout ce qui est hors du parti n’est pas de gauche et donc à mettre dans le même sac politique… A ce compte-là, la France est constituée de 90% d’individus non éligibles à la distinction conférée par le camarade Jean-Luc … Il y a de l’espérance dans l’air! Et à ce propos…
Prénom : sans, nom : verts… La couleur de l’espérance, justement. En fait, le parti n’a pas voulu se doter d’un prénom, estimant probablement qu’il était reconnaissable entre tous. Ce n’est pas totalement faux car si les grands partis traditionnels ont en commun le fait d’avoir une direction relativement forte (mais pas toujours désignée dans la transparence et la démocratie), les verts ont, eux, la spécificité d’avoir une direction par tête de militant, le noyau du parti étant constitué d’une foultitude (n’exagérons pas quand même) de nombrils qui se regardent, disent et contredisent dans la plus grande opacité, comme quoi, la transparence du verre ou du vert ne doit pas toujours être considérée comme acquise…
Prénom : mouvement, nom : démocrate. Très rapidement, le père géniteur du parti a affublé son enfant d’un sobriquet, le « Modem », comme d’autres ont hérité de « dédé » (à Saumur) ou « lulu » (à Nantes). Dommage car si « Modem » ne signifie pas grand-chose pour l’électorat, le terme « mouvement » illustrait fidèlement le mouvement du balancier qui oscille perpétuellement de droite à gauche. Quant au terme « démocrate », assez fidèle aux valeurs que le parti défend, il gagnerait en crédibilité en s’étendant au-delà des murs d’un trois pièces cuisine de la région Paloise mais bon, il faut un début à tout…
Prénom : parti, nom : socialiste. Observons que le prénom n’est quasiment plus en usage de nos jours, une formation politique ne se prénomme plus « parti », pas plus qu’on appelle son enfant Alphonse ou Ernestine. Quant au nom, il serait sans doute temps de songer à le changer, le socialisme étant depuis 50 ans assez démonétisé et le PS étant lui-même assez éloigné des dogmes socialistes. Un nom composé comme « social-démocrate » serait plus conforme au contenu du produit mais il semblerait encore mal accepté par les vieux employés en blouse grise de la maison de la rue de Solférino !
On a fait le tour ? Sacrebleu, j’allais oublier d’évoquer le cas de l’UMP et bientôt ex UMP ! Voilà un parti qui s’est successivement appelé UNR, UDR, RPR, UMP et bientôt, les « Républicains ». La chose n’est pas encore faite puisque les militants vont être appelés à voter sur cette proposition de nom. Le terme « voter » est assez impropre puisqu’il ne s’agira que de plébisciter ou non le choix du chef, et selon des modalités que je ne connais pas pour l’heure. Parodie de démocratie qui n’est ni la première, ni le dernière. C’est un peu comme si, en 1955, les parents Sarkozy avaient demandé à leur fils à sa naissance, « tu préfères qu’on t’appelle Nicolas ou Judas ? »… comme quoi, là encore, les parents peuvent parfois faire des erreurs d’étiquetage. Ce qui est choquant dans ce projet d’appellation « les républicains », ce n’est évidemment pas le nom « républicain », mais le fait qu’il n’y ait pas de prénom, ce qui sous-entend que le seul républicain valable, pur, de souche diraient certains, c’est celui qui porte le nom du parti. C’est d’autant moins admissible que Sarkozy qui s’est fait le chantre du « ni-ni » quand il s’agit de choisir entre un candidat républicain et un autre du FN, s’est comporté en véritable partisan de « l’affront républicain ». Et que penser de l’exemple d’éthique républicaine qu’a donné l’ex président en tentant de « bombarder » son fils comme président de l’EPAD ? En invitant le tortionnaire Kadhafi à camper dans le jardin de la Présidence de la République avant de le bombarder au sens propre ? En tentant de faire pression sur la justice en utilisant les « services » du procureur Courroye dans l’affaire Bettencourt, en tentant de pénétrer par avocat interposé dans le secret des délibérations de la Cour de Cassation, en empêchant l’administration d’une Justice normale dans l’affaire Tapie ? En profitant de la tricherie organisée à son profit par son propre parti en vue de le faire réélire, en prétendant n’en avoir pas été informé, ce qui serait au mieux de l’irresponsabilité et de l’incompétence, au pire, de la malhonnêteté doublée de lâcheté ?
Si l’UMP devient « les républicains », je reprends ici la formule de beaucoup d’internautes, ce parti aura le triste privilège d’avoir été baptisé par le dirigeant politique le plus ripoublicain que la France ait connu.
dr