humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Réactionniste !!! L’indulgence des lecteurs sera bienvenue pour excuser un néologisme sans aucune élégance et dont je m’expliquerai plus tard. En ce 9 mars 2016, ils étaient plusieurs centaines de milliers à affronter la pluie pour venir crier leur hostilité à l’égard de l’avant-projet de loi sur la modification de la réglementation du travail. Plusieurs centaines de milliers à battre un pavé de plus ou moins bonnes intentions.
A entendre les arguments d’un certain nombre de manifestants, à entendre les slogans repris par d’autres, on peut légitimement douter que tous avaient une connaissance même élémentaire du sujet. C’est d’ailleurs bien en cela que ces rassemblements avaient des airs de manifs fourre-tout où se mêlaient revendications catégorielles, ras le bol compréhensible d’une jeunesse dont le futur n’a aucun avenir, récupération politique de l’extrême gauche sans parler des manœuvres totalement politiciennes d’une partie du PS.
Mais il faut d’abord dire avec force que dans cette affaire, le gouvernement et en particulier le Premier Ministre n’ont pas été à la hauteur de la situation, loin s’en faut ! S’il était tout à fait judicieux de débroussailler en amont le sujet de la rénovation du Code du Travail en faisant appel à des personnalités qualifiées comme G. Lyon Caen ou R. Badinter, la phase de concertation avec les partenaires sociaux a été ensuite totalement négligée, ce qui a même conduit à des menaces d’application de l’article 49-3 ! Lorsque le dialogue social commence ainsi par des coups de menton, on peut être certain qu’il ne mènera pas loin ! Toujours est-il que le pays a la chance d’avoir quelques organisations syndicales qui malgré tout, veulent aller jusqu’au bout des possibilités de dialogue afin de faire prévaloir les intérêts des salariés du secteur privé (principaux concernés par le projet de réforme, il faut quand même le rappeler) tout en ayant conscience de l’intérêt général. Au premier rang d’entre elles se trouve la CFDT qui se place au-dessus des jeux partisans. Le gouvernement commettrait une faute politique et sociale majeure à ne pas l’écouter.
Sur le fond de l’affaire, il est évident que le projet de réforme doit être amendé sérieusement et que cela est possible sans reniements dramatiques, pour peu que certains laissent leurs mentons au vestiaire. Il est tout aussi évident que le Code du Travail n’est pas un livre sacré et qu’il n’est nullement blasphématoire d’envisager de le modifier (sauf peut-être pour Monseigneur Filoche et ses enfants de chœur). Comment peut-on comprendre la France et le monde dans lequel nous vivons avec une grille de lecture datée au mieux des années cinquante et au pire, du début du siècle dernier ? Peut-on oublier ainsi l’échec du modèle économique communiste ? Peut-on ignorer que les frontières étatiques n’ont plus de réalité économique ? Peut-on évacuer le fait que la révolution informatique a totalement modifié les modes et les rapports de production ? L’extrême gauche et Mélenchon persistent à chanter sur tous les toits « qu’une autre politique est possible », « qu’il y a de l’argent » etc… sans la moindre proposition concrète tenant compte de la réalité du monde d’aujourd’hui. En cela et ne leur en déplaise, ils n’ont pas plus de crédibilité politique que les responsables du FN qui promettent de raser gratis demain.
Il n’est pourtant pas besoin d’être un grand économiste pour comprendre que seules, les entreprises peuvent aujourd’hui créer de l’emploi ; que le tissus industriel français se délite depuis 30 ans sans que les gouvernements de droite et de gauche n’aient agi efficacement contre la désindustrialisation ; que les grandes entreprises et les banques sont les premières responsables de cette situation…Mais une fois que l’on a dit cela, on n’a rien résolu pour demain. Ce ne sont pas les patrons des PME d’aujourd’hui qui sont responsables de cet échec. Mettre tous les chefs d’entreprises dans le même panier de crabes est stupide et parfaitement injuste. La précarité croissante est hélas bien partagée entre les salariés… et les entreprises elles-mêmes dont les carnets de commande sont insuffisants, dont les investissements sont insuffisants, dont l’horizon est trop incertain. La lutte contre le chômage ne passe pas par la création de pseudo emplois financés par l’impôt et sans avenir économique (même s’il en faut de façon ponctuelle) pas plus qu’elle ne passe par une relance du pouvoir d’achat (payée dans ce cas par les entreprises) si ce dernier n’est utilisé que pour acquérir des biens fabriqués hors de France. Redonner du souffle aux entreprises, redonner plus de sens au dialogue social à l’intérieur même de l’entreprise, cela doit faire partie intégrante de la lutte contre le chômage.
Et voilà même que reviennent sur nos écrans les tontons flingueurs ou plutôt, la tantine flingueuse, alias Martine Aubry. Comme le disait Michel Audiard, « c’est du brutal ! »… On peut dire même que Lulu la Nantaise, c’était de l’eau de rose à côté de Titine la Lilloise… enfin, il y a de la rose mais pas que de l’eau de rose chez les éléphants du PS ! Il devient difficile de supporter ces frondeurs dont la stratégie vise à retrouver dès que l’occasion se présentera (soit en 2017), un rôle de leadership … dans l’opposition à un pouvoir de droite. C’est tellement plus confortable que de prendre sa part de responsabilité dans l’exercice difficile de gouverner un pays qui devient de moins en moins gouvernable, de moins en moins réformable, de plus en plus conservateur, de plus en plus enfermé dans des certitudes qui n’ont plus cours.
A côté des réactionnaires de la manif pour tous dont on a pu mesurer qu’ils n’étaient pas quantité négligeable même s’ils sont minoritaires dans l’électorat, on a aussi, cheminant sur les mêmes pavés, ceux qui n’ont rien d’autre à proposer qu’une attitude d’opposition systématique, des « réactionnistes », c’est-à-dire qui s’emploient à susciter uniquement des réactions « contre », qui adoptent aujourd’hui des postures pour mieux occuper demain des positions plus avantageuses ... mais dans l’opposition.
Et ça, ça commence à me filer des boutons, c’est ça ma réaction !
dr