humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Une photo que j’avais prise en juin 1980 à la fête de la batellerie de Conflans Sainte Honorine dont Michel Rocard était l’élu… Chaque lecteur de « la hune » y mettra une pensée, un silence en souvenir d’un homme politique dont la personnalité et les idées ont jalonné les itinéraires de chacun. Une page se tourne mais les mots, les idées, les actes demeureront encore longtemps comme autant de balises sur des mers tourmentées. Nombre de successeurs de Michel Rocard, ceux qui n’ont à la bouche que les mots de « social libéral », de « gauche molle » quand ce n’est pas de « traitre », tous ces frondeurs, ces ayatollahs de l’orthodoxie « de gauche », tous ceux dont l’intelligence politique se limite à étiqueter l’autre avec le label « de gauche » ou « de droite », tous ceux-là ne seront au mieux que des successeurs, mais jamais des héritiers.
Depuis de nombreuses semaines, j’avais aussi fait silence sur « la hune ». Il y avait pourtant des choses à dire mais aussi encore plus à redire. Le gouvernement avait littéralement saboté la loi travail en ne respectant pas le rôle à tenir par les partenaires sociaux ; la méthode était critiquable et la communication désastreuse ; Le résultat, une confrontation de postures qui a occulté le débat pour une majorité de citoyens. Et pourtant, cette loi qui n’en est pas encore une constitue une avancée importante pour le monde du travail, tout autant que pour celui des sans travail. A ce titre, comment ne pas reconnaitre la maturité dont fait preuve la CFDT dans cette affaire ? En préférant le réalisme et l’efficacité à la posture, cette organisation a montré une fois de plus qu’un syndicalisme responsable et ouvert était la seule voie d’avenir. Dommage que le MEDEF et la CGPME n’aient encore rien compris. Edmond Maire avait dit en son temps que Robert Badinter était « l’honneur de la gauche française » ; on peut dire pareillement aujourd’hui que Laurent Berger et les dirigeants de la CFDT sont l’honneur du syndicalisme français.
Toutes ces dernières semaines, on a assisté à des spectacles affligeants : nuits de Chine, nuits câlines, nuits debout… ce qui pouvait paraitre à l’origine comme un moyen d’expression plutôt sympathique (peut-être modérément pour les riverains, quand même), est devenu l’objet de manipulations grossières de pseudo assemblées générales au cours desquelles on refaisait le monde à la mode de l’extrême gauche… sans parler de l’intolérance dont certains couche-tard ont fait la démonstration en excluant ceux qui, selon eux, n’avaient pas leur place, Place de la République !
Spectacle tout aussi lamentable que ces manifestations organisées par la CGT, FO, SUD, l’UNEF etc… dans lesquelles, à part les casseurs qui n’y étaient pas invités, on trouvait beaucoup de gens qui n’avaient en principe rien à y faire, soit parce qu’ils n’étaient pas ou plus concernés, soit parce qu’ils n’avaient rien à redouter de cette loi ! Il est affligeant de constater que certains syndicats préfèrent fonctionner sur le mode du centralisme pseudo démocratique plutôt que de laisser les travailleurs décider au sein de leurs entreprises ; tout aussi affligeant de constater que certains travailleurs sembleraient préférer que les décisions soient prises au niveau de la centrale syndicale plutôt que sur le terrain. La fameuse inversion des normes, pourtant bien encadrée dans la loi travail serait une horreur indicible pour la CGT, qui pourtant, vient de la cautionner indirectement en ne s’opposant pas à l’accord conclu à la SNCF ! Cette organisation perd toute crédibilité à force de pratiquer le grand écart sous la pression de militants d’extrême gauche qui semblent avoir pris en quelque sorte en otage, la direction de la centrale. Monsieur Martinez ne devrait pas oublier que le grand écart est un exercice qui n’est pas à la portée du premier venu et qu’il y risque d’y perdre quelques plumes… pour le moins ! Et je n’oublie pas d’autres écarts comme la triste affiche illustrant les CRS près d’une mare de sang, ni les exactions commises contre les locaux du PS et de la CFDT dont bien entendu, la CGT n’est pas responsable mais qui avait, lors de son dernier congrès, fait siffler et huer copieusement la CFDT…
Et pendant ce temps, Sarkozy poursuit son exercice de tueur de ses concurrents politiques en utilisant tous les moyens de son parti à des fins purement personnelles. Après avoir soutenu l’investiture de son ami Balkany, poursuivi dans de multiples dossiers de fraudes en tous genres, il salue le courage de ce dernier qui renonce à cette investiture afin de respecter la loi sur le non-cumul des mandats ! Balkany respectant la loi, c’est déjà à mourir de rire mais Sarkozy décidant de rétablir la possibilité de ce cumul s’il venait à être à nouveau président est d’une bêtise à pleurer ! Encore une promesse sans fondement, sans le respect élémentaire de la loi puisqu’elle serait inconstitutionnelle. Quant à l’arbitrage rendu dans l’affaire Tapie et dont Sarkozy porte l’entière responsabilité politique, cet arbitrage a été définitivement reconnu comme contraire à la loi ; Nul doute que le courageux ex président de la République niera toute implication dans ce dossier comme dans tant d’autres et qu’il laissera un bouc ou une chèvre émissaire se faire condamner au besoin à sa place. Ce personnage qui se joue des lois alors que son premier devoir est de veiller à leur application ne se comporte pas mieux que ceux dont il est si prompt à dénoncer les exactions dans les cités et les quartiers difficiles. A vomir.
Un dernier mot sur le Brexit. Michel Rocard estimait que le Royaume Uni n’avait pas sa place dans cette Europe dont il freinait des quatre fers la construction. Il avait raison sur ce point et aucun Européen convaincu ne pouvait envisager que l’Angleterre pouvait avoir le moindre rôle moteur dans cette construction. De là à considérer que le Brexit serait plutôt une bonne chose, j’en doute cependant aujourd’hui. D’abord parce qu’imaginer que la sortie du Royaume Uni lèverait les freins à cette construction d’une Europe plus intégrée est aujourd’hui illusoire. Il y faudrait une volonté politique des dirigeants européens qui n’existe pas, ceux-ci étant plus prompts à faire de l’Europe un bouc émissaire qu’à travailler réellement à une construction juridique, fiscale et sociale du continent. Ensuite, parce que le Brexit constitue le franchissement d’une ligne rouge pour les nationalistes de tous poils qui rêvent d’une Europe d’extrême-droite, fermée sur elle-même, hostile à toute immigration, une Europe en guerre contre le reste du monde. C’est là, à mes yeux le plus grand risque qui nous guette. Penser que la Brexit ne mériterait ni que l’on s’en réjouisse, ni que l’on s’en lamente exagérément me semble alors ignorer le plus grand danger auquel nous sommes confrontés, la destruction de l’Europe par les nationalismes d’extrême droite, ce qui ne serait pas autre chose que piétiner la raison d’être de la construction de l’Europe et son acte de naissance, le nôtre, le mien.
dr