humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Le lecteur se moque totalement de mon itinéraire personnel et il aura bien raison. Simplement, qu’il sache que depuis près de 50 ans que j’utilise un bulletin de vote à chaque élection, qu’elle soit départementale, régionale, législative, présidentielle ou européenne, ce bulletin a toujours été étiqueté à gauche (exception faite de l’affrontement de 2002 entre Chirac et Le Pen).
Tout ça pour dire en premier lieu que je ne pense pas avoir trop souvent retourné ma veste ni ma blouse d’écolier en politique, depuis l’école maternelle.
Alors, quand je dis à mes amis que j’ai l’intention d’aller voter à la primaire de droite pour m’opposer à ce que Sarkozy puisse à nouveau être candidat et se retrouver au deuxième tour opposé à la candidate du FN, tous ne partagent pas ma position. Je comprends leurs arguments mais j’ai du mal à les accepter, pour beaucoup de raisons.
On me permettra de balayer d’un revers rapide l’argument Mélenchonesque selon lequel il ne serait pas « honnête » pour un électeur de gauche de s’immiscer dans un scrutin réservé à la droite. Outre que les leçons d’honnêteté politique me paraissent quelque peu déplacées, venant d’un responsable dont la stratégie personnelle de conquête du pouvoir continue à s’inspirer de méthodes trotskystes bien assimilées dans sa jeunesse, je ne vois pas en quoi il existerait un ordre moral de gauche qui m’interdirait d’exécuter lors de la primaire de droite, le geste que la plupart des électeurs dits « de gauche » accompliront eux aussi au deuxième tour de la présidentielle quand ils seront, comme moi, confrontés au dilemme, soit voter à droite, soit laisser élire Madame Le Pen. En d’autres termes, si comme cela semble se profiler, je n’ai le choix qu’entre une Le Pen et un candidat issu des primaires de la droite et du centre, et comme dans cette hypothèse, j’ai bien l’intention de faire barrage à la candidate FN en contribuant à faire élire celui ou celle qui lui sera opposée, qu’on me laisse au moins cette liberté d’éliminer dès maintenant Sarkozy de la compétition. Et à ceux qui me disent aujourd’hui que choisir le candidat de la droite et du centre, « ce n’est pas leur problème », j’ai envie de leur dire, ne soyez pas des autruches car demain, ce sera votre problème… et vous ne serez peut-être pas trop mécontents que d’autre aient fait leur part de sale boulot en allant éliminer Sarko quand il était encore temps…
Bien entendu, je dénie totalement à messieurs Sarkozy, Ciotti et consorts le droit de me qualifier de « traître » à mon propre camp. Les leçons de morale assénées par une bande de tricheurs sont mal venues et n’ont pour objet que de culpabiliser et donc de dissuader des gens comme moi d’aller voter à ces primaires. Etonnamment, ce reproche n’est pas fait avec la même vigueur aux militants FN qui s’apprêtent à se déplacer assez nombreux semble-t-il, pour tenter de faire passer Sarkozy devant les autres candidats, de telle sorte que se réalise l’hypothèse d’un second tour opposant ce dernier à Le Pen, ce qui serait évidemment la configuration la plus intéressante pour porter la blonde au pouvoir.
Je suis d’autant plus à l’aise par rapport à ces primaires de la droite et du centre que je serais bien incapable à ce jour de choisir parmi les candidats déclarés dits de gauche ! Voter pour Mélenchon ? Impossible, non seulement à cause de ses positions opportunistes, voire, démagogiques, mais parce qu’il n’a aucun programme crédible, se contentant de promesses populistes qu’il serait bien incapable de tenir. Je n’ai aucune envie que la France devienne le Venezuela de l’Europe. Choisir un « frondeur » ? Je ne tiens pas en haute estime des élus ou des ministres qui sous couvert d’orthodoxie de gauche n’ont eu de cesse de critiquer l’action du gouvernement (ce que je peux admettre), mais sans proposer d’alternatives crédibles (ce que je n’accepte pas) et qui en définitive se comportent en déserteurs.
Je sais que parmi mes amis dont la sincérité et l’attachement aux valeurs républicaines ne peut être mise en doute, certains reculent à l’idée de signer la charte soutenant les valeurs républicaines de la droite et du centre. Sans vouloir être trop cruel avec eux, j’ai cependant envie de leur demander si ces « valeurs » républicaines sont vraiment les mêmes selon Sarkozy, Poisson ou Juppé. Manifestement non. Il y a un réel enfumage à vouloir nous faire croire que les candidats déclinent ces valeurs à l’identique, chacun le sait. Sur ce plan là, on ne peut mettre dans le même sac un Wauquiez qui n’a de cesse d’exclure les réfugiés ou les chômeurs et une NKM qui se comporte de façon plus républicaine. Je me sens beaucoup moins éloigné des « valeurs républicaines » d’un Bayrou que de celles d’un Sarkozy et je connais, moi, le sens de la signature qu’il me faudra, sans aucun enthousiasme, déposer. Et je ne me sentirai pas l’âme d’un traître pour autant.
Je sais que le jour de la primaire de la droite et du centre, je pourrai sans difficulté me regarder me raser dans la glace. J’ai envie de dire à mes amis qu’après tout, ils ne sont pas vraiment obligés de se raser ce dimanche-là. En revanche, et si par malheur Sarkozy sortait vainqueur de cette primaire, nous n’aurions plus qu’à raser les murs, et pour très longtemps.
dr