humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Petit rappel pour les plus jeunes lecteurs de « La hune » (http://lahune.over-blog.fr/) : « Touche pas à mon pote » est le slogan fondateur de l’association SOS Racisme dont Harlem Désir fut l’un des pionniers et le premier président. Aujourd’hui, celui-ci est Premier secrétaire du PS par intérim, le temps que se déroule la désignation du candidat du parti dans le cadre des primaires.
1 : « Touche pas à mon pote » (version 1) ou l’arroseur arrosé : Harlem Désir a dénoncé vigoureusement l’attitude du Ministre de l’intérieur Claude Guéant lors de la dernière journée de l’Université d’été du PS, accusant à juste titre ce dernier de participer à la construction d’une passerelle entre l’UMP et le Front National. « Triste copie » du député européen FN Bruno Gollnisch a-t-il même précisé ! On pourrait d’ailleurs se demander lequel de Guéant ou Gollnisch s’est senti le plus offensé… aucun, sans doute ! Toujours est-il qu’il est cocasse de voir Brice Hortefeux voler au secours de son successeur dans un registre « touche pas à mon pote » scandalisé : il a dénoncé « les agressions verbales tout à fait inadmissibles » d’Harlem Désir que les responsables du PS auraient du selon lui s’empresser de condamner ! Averell Hortefeux a la mémoire courte et oublie les propos racistes qu’il a lui-même tenus et qui lui ont valu déjà deux condamnations… par la justice.
2 : « Touche pas à mon DSKpote » (version 2 ) : Michel Rocard a la langue qui a dérapé devant les caméras de Canal + en disant que DSK était atteint d’une « maladie mentale » qui l’empêchait de résister à ses pulsions. Levée de boucliers de ténors du PS qui vitupèrent les fausses notes de l’ancien penseur de la gauche moderne. Ce « touche pas à notre pote » est finalement assez hypocrite : si le propos de Michel Rocard était incontestablement outrancier, il voulait signifier que le comportement de DSK n’était pas compatible avec l’exercice de la fonction présidentielle… ce que Martine Aubry a confirmé à sa manière : « Je pense la même chose que beaucoup de femmes sur l'attitude de Dominique Strauss-Kahn vis-à-vis des femmes". Différence de ton, différence de mots, différence de posture : Martine est en campagne, Michel ne sort plus qu’en ville.
3 : « Touche là, mon pote » (version 3) : Le déjeuner du mercredi 24 août entre Nicolas Hulot et Nicolas Sarkozy suscite un début de polémique et quelques interrogations… Les amis verts de Nicolas Hulot n’en reviennent pas, certains en sont même devenus encore plus verts de rage et ce « ton sur ton » n’est effectivement pas du meilleur effet ! Il faut dire aussi que l’hôte de l’Elysée adore se parer de toutes les couleurs : vert avec Hulot, rouge avec Jaurès quand il fait campagne, rose avec Besson, bleu avec Marine, tirant même sur le brun avec Jean Marie… un véritable Arlequin, un avaleur de couleurs qui serpente au gré des vents électoraux et populistes. On connaît le désintéressement proverbial de Nicolas Sarkozy ! Ce déjeuner n’était évidemment pas organisé pour proposer au grand Nicolas de devenir le parrain du futur enfant du petit Nicolas ! Le Président n’avait pas non plus pour préoccupation de savoir si les vacances de Monsieur Hulot s’étaient bien déroulées après sa déconvenue aux primaires écologistes ! Il s’agissait simplement de faire savoir qu’Hulot avait rencontré Sarkozy, afin de semer un peu de doute chez les verts et leurs électeurs, ébaucher un début de passerelle pouvant permettre quelques transferts de voix écolo modérées, après que l’on aura longuement tapé (médiatiquement) sur Eva Joly l’étrangère radicale ! Nicolas Hulot est-il complice de la manœuvre ? Accordons lui le bénéfice de la présomption d’innocence politique ou de naïveté, comme on préfère. L’avenir nous dira si cette rencontre était simplement pour lui un déjeuner entre potes ou s’il s’agissait du passage devant l’examinateur, en vue d’obtenir le brevet de nageur en eaux troubles. Nous saurons alors si le grand Nicolas est un écolo égaré dans le monde politique ou s’il a été plus ou moins un sous-marin Elyséen pour draguer des voix, une sorte de « yellow submarine » en mission chez les Verts…
4 : « Touche pas à mon despote » (version 4) : L’affaire dite Bettencourt n’en finit pas d’accrocher son lot de casseroles aux responsables de l’UMP ! Voilà même que Nicolas Sarkozy revient sur le devant de la scène ! Espérons seulement qu’une enquête nous dira un jour si oui ou non, celui ci a perçu des sommes de l’héritière de l’Oréal pour alimenter sa caisse de campagne. L’unanimité des responsables UMP volant au secours du despote est cependant touchante : pas plus que nous, humbles citoyens, ils ne savant où se trouve la vérité puisqu’ils n’étaient pas présents au moment des faits supposés… Qu’importe, le chef a dit « c’est pas vrai ! », donc il a raison et avec les mêmes éléments de langage fournis par le staff Elyséen, (« boule puante », « déstabilisation du Président avant la campagne »…), ils crient à tue-tête aux journalistes et aux magistrats ce « touche pas à mon pote » dont la véhémence n’a d’égale que le ridicule. Le livre incriminé, « Sarko m’a tuer » ne porte pas, loin s’en faut, uniquement sur l’affaire Bettencourt. On lira à ce propos une interview des auteurs accordée à l’Express en cliquant sur le lien :
ça fait froid dans le dos…
5 : « Mes potes vont toucher ! » (version 5) : Les « amis de la Libye » se retrouvent à Paris ce 1er septembre. Nicolas Sarkozy va tenter de se donner la posture du grand libérateur du peuple Libyen. S’il est vrai que les forces militaires Françaises ont été déterminantes dans l’aide aux rebelles, on ne peut oublier que la diplomatie Sarkozyenne a été extrêmement malsaine à l’égard de l’ancien dictateur : versement de rançon en contrepartie de la libération des infirmières bulgares, avec mise en scène destinée à promouvoir l’image du couple Sarkozy d’alors ; Invitation de Kadhafi à Paris avec camping autorisé au cœur des jardins du gouvernement… Et si la résistance libyenne ne s’était pas organisée, nous serions sans doute encore en train de faire ami-ami avec l’ancien dictateur ! Toujours est-il que le 1er septembre, on va parler politique, c’est vrai, mais aussi gros sous ! Après que les fabricants d’armes français aient contribué à détruire une partie des infrastructures du pays, il va falloir faire appel aux marchands de bétons qui se frottent les mains en se retroussant les manches et les babines parce qu’à la différence de l’Afghanistan, la Libye a, elle, les moyens de payer avec ses réserves de pétrole ! Et les marchands d’armes, les marchands de béton… sont des potes auxquels il ne faut pas toucher mais qui, eux, risquent de toucher gros dans l’opération !
Pour l’heure, « Touche pas à mon poste » est sans doute ce que Nicolas Sarkozy voudrait dire à l’électorat en voyant avec inquiétude l’horizon de mai 2012 se rapprocher…mais ceci est une autre histoire.
dr