humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
J’imagine le discours du coach au vestiaire pendant la mi-temps de France-Mexique, et j’imagine surtout la réponse muette de la plupart de nos divas en bleu : « cause toujours ! ». (La Hune du 11 juin 2010)
C’est ce qu’on écrivait Vendredi soir, mais dès le lendemain, l’Equipe nous révélait que c’était en d’autres termes que désormais on s’adressait à une autorité, fût-elle discutable. Et ce Dimanche, l’équipe, sans majuscule, se rassemblait derrière l’imprécateur et l’injurié lui-même, se rangeait – au moins en se faisant son porte-parole – aux côtés de la petite bande. On la dit unanime. On aimerait ne pas le croire !
On se fait traiter comme on le lit en gros titre, et on passerait l’éponge en aussi peu de temps, parce que c’est entre nous et parce qu’on est des hommes ?
De qui se moque-t-on ? A qui confie-t-on les rênes ? A un entraîneur qui la joue profil bas (pour une fois), à un capitaine qui soutient le provocateur, à un président qui marque tout le monde à la culotte. La Stasi est-elle vraiment morte ?
C’est télé-foot-réalité qui nous est donné en chroniques d’un autre monde.
C’est Loft Story avec beaucoup plus d’argent, avec des piscines beaucoup plus luxueuses, dans lesquelles Picsou lui-même boirait la tasse, et dans lesquelles on ne sait plus très bien qui baise qui. Pardonnez-nous cette trivialité, mais on n’est même pas certain qu’elle soit à la hauteur du réel.
On pourrait ricaner, se dire que tout ça, finalement, ce n’est que du sport, qu’il n’y a pas mort d’homme, se repaître, comme le fait TF1 qui veut au moins sauver son budget, dans la fange que nous concoctent jour après jour ce management approximatif, ce quarteron de vedettes aux salaires mirobolants, et ces acteurs de la gloire passée qui n’ont pas toujours la discrétion honorable que leurs victoires (une seule Coupe du Monde et un seul Championnat d’Europe) pourraient leur inspirer.
Mais non, on ne peut pas . Parce que le mal est plus profond, d’une étendue bien plus large que le petit spectacle médiocre auquel nous convient les média chaque jour depuis la défaite contre le Mexique, et depuis que les Ténardier disputent la tête d’affiche à Iago et à l’Empereur des faux-culs.
Oui, le mal est plus profond, parce que le foot d’aujourd’hui est le reflet de la société d’aujourd’hui.
Dans notre société, comme dans nombre d’entreprises importantes, le pouvoir est immense dans les mains d’un petit groupe mais les responsabilités diluées comme des pilules d’homéopathie.
En outre le pouvoir ne tire plus sa légitimité du génie ou de l’initiative mais seulement de l’argent. Et peu importe comment on le gagne !
Anelka – Kerviel , même combat ! Je gagne plus d’argent que le boss, et, par conséquent, je fais ce que je veux. Et s’il le faut , je retourne la charge de la preuve.
On pourrait presque avoir plus de compassion pour Kerviel parce que lui, au moins, il rapportait plus d’argent à son employeur qu’il n’en recevait. Ce n’est pas le cas de nos représentants à crampons.
Mais voilà, à accorder tant et tant d’importance à l’avenir de nos petits – et je parle de nos propres réflexes familiaux – on finit par ne plus réaliser que la quantité plus ou moins grande d’argent qu’il pourront amasser devient une fin et non plus un moyen.
L’argent est tout, l’argent remplace le pape qui sacrait les rois, l’argent règne en maître et ceux qui en ont beaucoup deviennent intouchables.
Le foot, encore une fois, n’est qu’un tout petit phénomène révélateur d’une décadence dans laquelle nous sommes engagés et qui nous entraînera dans un abîme infiniment plus grave de conséquences si nous ne réagissons pas dans nos choix d’éducation et nos choix politiques.
On perd un téléphone portable ou une gourmette de communion, c’est sans importance : les parents remplaceront. Tout est gratuit ou illimité : le téléchargement, les forfaits, Internet, l’entrée en boîte pour les filles, le nombre de photos qu’on peut prendre avec un appareil numérique, j’en passe et des pires encore !
Qu’est-ce qui fait drame aujourd’hui ?
Que la photo soit mauvaise, qu’on n’ait plus rien d’autre à se mettre qu’on ait déjà porté à une précédente soirée, qu’on ait une version plus ancienne de l’appareil I-Tech que la plupart des copains viennent d’avoir pour Noël, pour leur anniversaire, ou pour récompenser une note simplement au-dessus de la moyenne.
Alors, pensez-donc, ce n’est quand même pas à nos glorieux footballeurs qu’on va demander des comptes sur leur inconduite sur et en dehors des terrains !
Qui l’oserait ? Un obscur préparateur physique ? OK , tous en grève d’entraînement !
Il ne manquerait plus que ça, qu’on nous demande, en plus, de travailler un peu plus longtemps que nos parents au prétexte que leur travail était plus contraignant et que le niveau de soins était – en ce temps-là - moins performant !
Voilà pour nos choix d’éducation.
Quant à nos choix politiques, vilipender les joueurs de l’équipe de France et se lamenter de leurs caprices de divas c’est oublier qu’ils sont en droit de prendre leurs modèles chez certains de nos élus. Si le bing-bling est devenu un mode de vie publique, c’est parce qu’on s’émeut assez peu que le Fouquet’s puisse devenir un quartier générale de fin de campagne électorale, c’est parce qu’on accepte que des retraites parlementaires viennent en cumul de missions para-ministérielles payées à prix d’or, c’est parce qu’un publicitaire dont le bronzage permanent tient lieu d’intelligence peut venir dire à la télévision que quiconque ne possède pas une Rolex à 50 ans a raté sa vie.
Alors, évidemment, nos footballeurs aux petits esprits mal dégrossis prennent tout cela pour « argent comptant » et ils trépignent de rage si le sponsor ne leur offre pas la voiture de sport de la bonne couleur.
Quand on se rappelle que le candidat élu à la Présidence de la République déclarait qu’il fallait en finir avec l’esprit de Mai 68, on est en droit de se demander s’il est satisfait de l’état d’esprit dans lequel la partie la plus privilégiée de la jeunesse se trouve aujourd’hui en adoptant la religion de l’argent facile et en reniant celle de la solidarité.
S’il y a un coup de balai à donner, il ne faut pas le limiter aux salons de la Fédération Française de Football et aux vestiaires de la petite équipe, il faut le donner bien plus largement
Les couleurs du drapeau français sont en train de virer au pâle. C’est le bleu de la peur de prendre des décisions courageuses, c’est le blanc de la couleur du fanion qu’on agite pour demander au vainqueur de nous épargner, c’est le rouge de la honte d’en être arrivé là.
C’est un vieux con qui parle ?
C’est bien possible . Mais il y a un mot du dictionnaire dont il connaît bien la signification et qui lui plait encore plus quand on l’invoque au pluriel : c’est le mot VALEUR .
Un beau sujet de baccalauréat .