humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
En cette période de fête, c’est « Alice au pays des merveilles » que tente de jouer Marraine Lapine sur la scène politique française. Jusqu’ici, le spectacle du FN s’apparentait plutôt à « Malice au pays des cartes vermeil » une histoire revisitée par le père Le Pen qui cherchait à drainer les suffrages des électeurs les plus âgés, en misant sur la peur de l’étranger et des voyous qu’il amalgamait volontiers à sa sauce brune. Aujourd’hui, Marraine qui sait qu’une élection ne peut se gagner contre la jeunesse, aspire à en séduire une partie, en s’entourant d’un Etat-Major de quadragénaires et en s’essayant à gommer les aspects les plus nauséabonds du discours paternel. Mais ces coups de peinture à la va-vite sur une façade noircie peuvent-ils masquer ce qu’il y a derrière la porte ? Quelques exemples…
La disparition de Nelson Mandela, l’esquisse maladroite: Marraine se fend d’un communiqué qui se termine ainsi : « Par son autorité, Nelson Mandela a su imposer la paix et la réconciliation : cette victoire sur la division, la haine et la revanche marquera incontestablement l’histoire. » Le coup de peinture est saisissant lorsque l’on réécoute les propos de son père qui, en 1990, à propos de la libération du futur président sud-africain: déclarait "Cela ne m'a ni ému, ni ravi. J'ai toujours une espèce de méfiance envers les terroristes, quel que soit le niveau auquel ils se situent". Mais le coup de pinceau est cependant assez maladroit si l’on y regarde de plus près et si l’on s’attache aux mots utilisés : Mandela est décrit comme un homme d’autorité, qui a su imposer la paix… cela ressemble un peu à un plaidoyer pro domo au service de la notion d’autorité. Par ailleurs, la seconde partie de la phrase de Marraine met en valeur l’action de Mandela après sa libération mais fait silence sur les 27 années passées en prison, sur la légitimité de la cause qu’il défendait, sur le combat contre le racisme et l’apartheid qu’il menait. Ce coup de pinceau n’est en fait qu’un service minimum pour ne pas heurter un électorat français jeune qui tenait Mandela en très haute estime.
Les prochaines élections municipales… les bavures s’accumulent : Marraine doit faire les fonds de tiroirs pour trouver des candidats et se présenter dans un maximum de villes. Certains d’entre eux ont ainsi découvert qu’ils étaient candidats sans le savoir, d’autres vont sans doute, comme dans de précédentes consultations, préférer mettre un portrait de Marraine sur leurs affiches plutôt que leurs propres visages ; d’autres ne sont absolument pas présentables en raison de leurs propos racistes sur les réseaux sociaux et il faut les exclure à toute vitesse ; bref, ces bavures sont du plus mauvais effets mais ne suffiront pas à freiner la progression du FN, qui cependant, devrait s’avérer relative à l’issue du second tour.
Pour les villes qui n’auront pas su résister et qui auront choisi de confier leur gestion à des élus FN, les bavures vont continuer. Aujourd’hui, nos villes sont endettées pour de nombreuses années, les politiques d’investissement ne peuvent se modifier en un clin d’œil électoral, l’intercommunalité comporte des avantages, mais aussi l’inconvénient de ne pas permettre une réactivité et une souplesse autorisant des changements rapides de stratégie. Tout cela pour dire que dans les villes qui seront administrées par les filleuls de Marraine, la principale marge de manœuvre financière se situera dans le domaine associatif et culturel où les aides et subventions peuvent être déterminées annuellement. « Quand j’entends le mot culture, je sors mon révolver » disait-on en Allemagne nazie (sans que l’on sache exactement qui est le véritable auteur de la formule) ; Gageons que dans nos villes FN, ce sera plutôt « Quand j’entends le mot culture, je sors mon pistolet à peinture » pour barbouiller, voire taguer tout ce qui ne sera pas du goût nationaliste des nouveaux occupants de la mairie.
Les élections européennes, la peinture au rouleau compresseur : Quoi qu’elle se défende d’être à la tête d’un parti d’extrême-droite, Marraine Lapine est très occupée à nouer des relations étroites avec toutes les formations politiques d’extrême-droite européennes qui comptent présenter des candidats aux prochaines élections européennes. Tout cela en vue de constituer une coalition des extrêmes au prochain Parlement. Dans ces conditions, repeindre la vieille maison brune FN avec des couleurs plus chatoyantes est un exercice qui pourrait s’avérer difficile, même si Marraine dispose de capacités indéniables pour travestir la réalité, mentir effrontément et redessiner le paysage politique en trompe l’œil. C’est bien à l’occasion de ce scrutin que le risque le plus grand existe pour les démocraties européennes. Le nationalisme des groupuscules ou partis d’extrême-droite commence à faire des ravages en Europe, voir à titre d’exemple ce qui se passe en Hongrie. Cette extrême-droite foncièrement hostile à l’idée Européenne pourrait conduire à une véritable catastrophe politique, économique et sociale si nous ne savons pas endiguer le flot populiste et nationaliste qui commence à monter partout, en n’hésitant pas à appuyer et à s’appuyer sur les corporatismes les plus hétéroclites. La tentative de récupération des « bonnets rouges » par Le Pen père est révélatrice, tout comme la déclaration d’une responsable locale du FN nantais à propos de Notre Dame des Landes et du soutien de son parti aux opposants : « Le Front National rappelle qu’il est un mouvement patriote, nous défendons l’attachement à la terre dont nous pensons qu’elle a une âme, et nous comprenons la détresse face au déracinement que certaines des personnes expropriées éprouveraient. ».
Derrière des arbres verts se cachent souvent des forêts bien noires. Prenons garde à ce qui se cache derrière les cortèges et que de bonne foi, nous ne voyons pas toujours.
Et surtout, prenez garde à la peinture !
dr