humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Soldat Woerth,
Vous avez bien mérité du parti ! Le Parlement a voté votre projet en rangs serrés de godillots ; les grévistes finissent de battre le pavé et ne vont sans doute pas tarder à battre en retraite ; les pompes à essence vont recommencer à débiter les comptes en banque… Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… Et puis, bientôt les grandes vacances ! Le remaniement ministériel va enfin pouvoir être mis en œuvre et je vous entends déjà crier à votre épouse du bas de l’escalier de votre HLM : « Florence, fais les valises ! on rentre à Chantilly ! »… Soldat Woerth, vous avez mené un beau combat et je ne doute pas que cela vous vaudra une jolie décoration qui pourrait vous être remise par …disons au hasard, Patrick de Maistre…sauf que… si l’on y regarde de près, soldat Woerth, votre victoire risque fort d’être une victoire à la Pyrrhus !
1 : Un Bilan social calamiteux pour la droite :
Après l’ère du mépris que vous n’avez eu de cesse d’afficher pour le monde syndical, voici l’heure de la culpabilisation : le discours gouvernemental consiste pour l’essentiel à accréditer l’idée que faire grève, ça ne sert à rien, que faire grève, ça coûte entre 200 et 400 millions d’€uros par jour etc… mais la réalité sociale n’est pas celle là.
Grâce à vous, l’unité syndicale s’est reformée durablement. Bien sur, les stratégies vont maintenant différer en fonction des intérêts de chaque organisation, de leur aptitude à négocier sur tel ou tel point, de la combativité de leurs bases… mais ce qui demeurera, c’est le fait que la mobilisation sociale a été forte, longue, et qu’elle a eu constamment le soutien de la très grande majorité des Français. Vous avez permis que beaucoup d’entre eux retrouvent le sens de la lutte collective, même si celle ci n’a eu raison, ni de l’entêtement du pouvoir exécutif, ni du suivisme de parlementaires qui se sont coupés de leur électorat. La jeunesse s’est engouffrée dans ce combat, non pas uniquement parce qu’elle s’oppose à cette réforme, mais parce qu’elle a voulu montrer à quel point elle refuse l’avenir que dessine pour elle, le pouvoir Sarkozyste et ses méthodes. Vous avez réussi à ressouder les générations autour d’une problématique de retraites et d’emploi, c’est à dire, des questions essentielles touchant à l’avenir ; vous avez redonné aux acteurs sociaux un rôle qu’ils avaient du mal à tenir depuis des années ; vous avez ressuscité le désir de la lutte sociale collective… vous n’étiez pas payé pour ça mais c’est une partie du résultat que vous avez atteint.
Et puis, ne vous réjouissez pas trop vite car d’autres combats vont voir le jour, notamment pour une jeunesse qui n’accepte pas de voir son avenir sacrifié, pour des classes moyennes et populaires en voie de paupérisation croissante, pour des travailleurs privés d’emploi dont le désespoir, hélas, pourrait bien être un jour l’arme contre laquelle vous ne pourrez rien.
2 : Un bilan politique désastreux pour l’exécutif :
Certains « ténors » de votre majorité chantent passablement faux, ces jours-ci ! Chacun peut les entendre opposer la démocratie des urnes, la seule légitime selon eux, au diktat de la rue. Outre que c’est aller un peu vite en besogne en termes d’analyse politique, c’est oublier que lorsque les Français ont choisi majoritairement le candidat Sarkozy, ce dernier avait, notamment sur la question de la retraite à 60 ans, un discours totalement différent des principes qu’il défend aujourd’hui avec sa réforme. Peut-on dès lors reprocher à des électeurs qui se sentent floués par des promesses non tenues de contester dans la rue une politique pour laquelle ils n’ont donné aucun mandat ?
Admettons cependant pour l’heure que le monde syndical ait perdu le combat contre la réforme de la retraite telle qu’elle a été votée. Il n’en resta pas moins que c’est une très grande majorité de Français qui estime que le pouvoir politique s’est moqué d’eux en refusant de négocier tant qu’il en était encore temps. Cela laissera des traces et d’abord, dans l’électorat de droite qui se rétrécit singulièrement depuis des mois. L’indice de popularité de votre Président est au plus bas et les électeurs commencent à être las d’un pouvoir monocéphale dont toutes les promesses sont parties en fumée. Nicolas Sarkozy continue à entretenir un rêve, celui de croire qu’il peut sortir vainqueur en 2012 d’un combat frontal entre une gauche radicalisée par ses provocations incessantes, et une droite qui n’aurait d’autre planche de salut que de le soutenir. Pari audacieux qui ne prend pas en compte trois facteurs importants : l’électeur de 2012 aura un regard sur le passé et se souviendra que les promesses du candidat Sarkozy n’auront été tenues que pour les plus privilégiés de Français ; il aura un regard sur son présent qui l’amènera à faire le douloureux constat que sa situation s’est dégradée depuis des années ; il aura un regard sur son avenir et celui de ses enfants et ne se contentera pas de gesticulations incontrôlées ou de coups de menton velléitaires.
…et puis, étant donné que ce que fait la loi peut être défait par une autre loi, la perspective d’un changement de majorité politique pourrait bien être un argument décisif pour permettre une renégociation de cette réforme… la parole aux électeurs en 2012 !
3 : Un bilan personnel douteux :
Pour ne pas être cruel, soldat, nous serons brefs : vous êtes à titre personnel mouillé dans un certain nombre d’affaires troubles sur lesquelles il faudra bien que la lumière soit faite. Pour tenter de vous sauver la mise et celle de l’UMP, en juillet dernier, il fallait d’urgence détourner l’attention des Français et des médias de ces affaires. Alors, on a sorti la grosse artillerie en expulsant des Roms et en donnant du menton à Grenoble. Il n’y a pas de quoi être fier de vous, soldat, et on ne peut s’empêcher d’avoir la nausée en pensant que le pouvoir a chassé des centaines de familles pour tenter de s’éviter des éclaboussures.
Vous n’avez eu de cesse de fuir vos responsabilités dans les affaires de Maistre, Bettencourt, succession César, conflit d’intérêts, vente (braderie plutôt) de l’hippodrome de Chantilly… votre fuite qui pour un soldat, s’apparente à de la désertion, a été grandement facilitée jusqu’ici par le procureur Philippe Courroye (de transmission des volontés sarkoziennes) qui a cherché par tous moyens à empêcher que le lumière soit faite. Espérons quand même que la justice aura la possibilité de travailler sereinement sur ces dossiers.
En attendant l’issue des procédures, et de même que l’opportunisme a récemment conduit votre président à distribuer des signes de croix aux cameramen du Vatican, « La hune » va sacrifier très ponctuellement à cette mode en vous rappelant ce qu’écrivait Matthieu, XXIII, 27 : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis: au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture. »
C’est sans doute un peu pour cela que certains hommes politiques laissent leur empreinte dans l’Histoire alors que d’autres ne laissent que des traces dont on espère qu’elles seront lavées à grande eau par une bonne déferlante électorale.
Et d’ici là, soldat, puisque maintenant les valises sont prêtes, … Rompez !
Pour « La hune »
Dominique Rossignol