humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Monsieur,
C’est un Auvergnat outré qui vous écrit ! Sortant tout juste d’une énième relecture d’un album de Lucky Luke, j’ai bien failli écrire « cher Averell » à la place de « Monsieur » tant je trouve de ressemblances entre certains membres de l’exécutif et les personnages de Morris et Goscinny : le rôle de Joe Dalton, toujours énervé, reviendrait bien entendu de droit à Nicolas Sarkozy… nous avons aussi Calamity Bachelot ou Xavier Bertrantanplan qui feraient bien dans le casting…Mais je ne vous écris évidemment pas pour vous proposer un rôle si d ‘aventure, une nouvelle version de Lucy Luke était portée à l’écran.
Je vous écris une lettre semi-ouverte, ce qui signifie que je ne vous l’adresse pas sur votre site « facebook », contrairement à ce que j’avais fait pour votre collègue Monsieur Kouchner. J’ai estimé en effet que puisque vous n’aviez aucun scrupule pour demander aux services du contre espionnage d’éplucher les appels téléphoniques des journalistes ou des fonctionnaires, vous auriez rapidement connaissance du contenu de cette lettre, sans qu’il soit nécessaire de vous l’adresser…
Ceci étant, l’Auvergnat que je suis ne vous félicite pas tant vous donnez des habitants de cette région, une image aussi éloignée de cet autre Auvergnat éternel qu’a chanté Georges Brassens! Notre image d’Auvergnat est chaque jour plus écornée en raison de vos propos, autant que celle des Français à l’étranger à la suite des déclarations aussi tonitruantes que ridicules de notre Président à Bruxelles. Pour ce qui vous concerne, ces derniers jours, il me semble que vous avez au moins une fois manqué l’occasion d’une intervention et une seconde fois, raté l’occasion de vous taire…
1 : L’intervention manquée : le verdict de la Cour d’assises de Draguignan :
Comment avez vous pu garder le silence quand la cour d’assises du Var a acquitté un gendarme après qu’il ait tué un gitan menotté qui avait tenté de s’évader ? Votre mutisme m’a étonné à plus d’un titre ! Vous auriez pu vous réjouir publiquement du fait que les jurés aient suivi l’avocat général qui demandait la relaxe du tireur, puisque force restait à la loi. Mais vous auriez pu également réprimander ce fonctionnaire qui avait utilisé son arme AVANT que le Président de la République et vous-même ayez annoncé l’ouverture de la chasse aux gens du voyage ! Quel acte d’indiscipline ! Décidément, il y a du laisser aller et vous devriez reprendre les choses en main.
De toutes façons, votre silence n’a pas duré très longtemps : votre satisfaction après l’annonce de la décision du jury populaire de Draguignan était telle qu’aussitôt, il vous est venu une idée lumineuse… que vous auriez mieux fait de garder pour vous !
2 : L’occasion de vous taire : généraliser les jurys populaires en matière correctionnelle :
Cette pseudo initiative (puisqu’il semble avéré que c’est en fait l’Elysée qui avait directement inspiré vos propos), a suscité aussitôt des réactions négatives des magistrats, des juristes, des démocrates et républicains de tous bords. J’avoue pourtant que si d’aventure certains gros fraudeurs fiscaux étaient traduits en correctionnelle pour répondre de leurs délits, la pensée de voir Liliane Bettencourt ou Patrick de Maistre, jugés un jour par un jury populaire composé d’habitants du 9-3 ne me déplairait pas forcément ! Au delà de cette boutade, votre idée est conforme au cadre de plus en plus malsain dans lequel vous excellez. Votre recette est simple et mène droit vers le totalitarisme ; elle se décline ainsi :
- Tout d’abord, prenez un fait divers bien sanguinolent ; enlevez le de son croc de boucher et jetez le en pâture à l’opinion.
- Etendez largement la sauce en amalgamant d’autres faits divers, en généralisant le plus possible.
- Incorporez sans retenue le bouc émissaire que vous désignez
- Ajoutez quelques sondages bien sentis qui vont fabriquer une « opinion »
- Servez avec des pincettes cette opinion à des jurys populaires.
Cette recette vous permet de court-circuiter le principe de séparation des pouvoirs puisque la justice devient alors le reflet d’une « opinion » fabriquée par des médias et des instituts de sondage aux ordres.
Le comportement du gendarme jugé dans le Var équivaut finalement à prendre la décision de condamner le délinquant fuyard sans permettre qu’il soit jugé. L’instauration de jurys populaires consisterait de même à faire condamner par avance au nom de l’opinion. On veut croire à l’indépendance des magistrats dans notre système ; on ne peut pas croire à l’indépendance de jurys populaires par rapport à « l’opinion » que le pouvoir s’efforce d’ériger sur le piédestal de la pensée unique.
Cette lettre étant déjà longue, en bon Auvergnat, je vais donc faire l’économie d’une formule de courtoisie. Pensez cependant, cher Averell, à remercier le fonctionnaire zélé des renseignements généraux ou du contre espionnage (on peut rêver, non ?) qui vous l’aura transmise.
Pour « La Hune »
Dominique Rossignol
PS : En fait, je ne suis pas Auvergnat, ni du nord, ni du sud de la Méditerranée ; …I’m a poor lonesome cow boy…