humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Qu'y-a-t-il de commun entre une tête de mule et un australopithèque ?
Posée comme ça, la question a peu de chance de nous conduire à une réponse qui évoquerait la grâcieuse Scarlett Johansonn.
Alors on vous explique.
Lucy est un fossile de plus de 3 millions d'années, découvert en Ethiopie il y a tout juste quarante ans, et qui prouve que notre lointaine ancêtre et ses copains de grotte étaient déjà bipèdes.
Troublant. On en a fait de belles choses depuis ces temps reculés, mais n'aurait-on pas pu faire encore mieux ?
Et d'abord, pourquoi les scientifiques découvreurs nommèrent-ils "Lucy" cette lointaine ancêtre ? A cause des Beatles, dont la chanson Lucy in the sky with diamonds résonnait à l'époque sous les tentes du bivouac .
Remember : Lucy in the Sky with Diamonds, autrement dit LSD.
So what ? Quel rapport entre Lucy et le LSD ?
C'est à moi que vous parlez inspecteur ? Je vais aller à l'essentiel.
Après un bref rappel de nos origines façon La guerre du feu, on rencontre une jeune nana atterrie à Taipeh on ne sait trop pourquoi, et qui fréquente un jeune américain, comme elle, mais en plus louche. C'est notre LUCY.
Le gars lui refile une valise à porter à Mr Jang et on se demande bien pourquoi il ne le fait pas lui-même.
Toujours est-il que cette valise renferme des cristaux de couleur lapis lazuli qui font un drôle d'effet au cobaye humain à qui Mr. Jang les fait tester par le nez.
Ce n'est pas du LSD, c'est CPH4, produit de synthèse dérivé d'une hormone qui , à l'état naturel, permet à l'embryon de se développer jusqu'à la naissance à une vitesse grand V, qui dure quand même neuf mois chez l'Homme.
N'importe quelle éléphante, d'Asie ou d'ailleurs, vous dirait que neuf mois c'est de la roupie de sansonnet à côté de sa gestation à elle qui dure vingt-deux mois.
Mais ça, le cruel et peu scrupuleux Mr Jang s'en moque complètement. Ce qu'il a flairé, si l'on peut dire, c'est que ses paillettes bleues vont faire décoller tous les toxicos du monde entier, et qu'il y a donc un colossal marché à prendre.
Ce qui n'était pas prévu, c'est que l'absorption de ce poison en grande quantité libère chez le consommateur ses capacités intellectuelles dans des proportions jusqu'alors inconnues, puisque, comme l'énonce doctement le Pr Norman (Morgan Freeman), nous n'utilisons en moyenne que 15% de nos capacités intellectuelles, là où la plupart des êtres vivants n'en utilisent que 8% maximum, exception faite du dauphin qui en mobilise 20%.
By the way, le dauphin…remember ? Le Grand Bleu. Clin d'œil à soi-même, Besson sacrifie au selfie cinématographique.
Si on se rappelle Mon oncle d'Amérique, on verra une étrange ressemblance entre le Pr Norman et le Pr Laborit, qui, dans son propre rôle, nous racontait, dans le film d'Alain Resnais, en 1980, des histoires extraordinaires de cerveau reptilien, de cortex, et d'imaginaire.
Selon le Pr Norman, l'Homme s'est construit un monde à la mesure de sa conscience, laquelle étant particulièrement sous-entraînée, il est permis d'imaginer un monde d'une toute autre dimension qui évoluerait à la mesure du développement de nos facultés.
C'est là que la tête de mule intervient. LUCY (Scarlett Johansson), prise dans ce guêpier bien malgré elle, va devoir "faire la mule" pour transporter, avec d'autres "mules", les précieuses paillettes bleues un peu partout en Europe, à Paris, Berlin, et Rome.
Mais le coup de pied de l'âne est donné par un geôlier féroce qui déclenche chez LUCY une explosion du sachet qu'elle transporte dans son corps, et qui, du même coup développe en elle, à une vitesse éclair, des capacités mentales et physiques qui sont l'argument du film. LUCY va TOUT savoir ! En quelques heures ou quelques jours, on ne le sait pas, elle va rattraper le retard qu'on a pris depuis un milliard d'années que la vie nous a été donnée.
Ajoutons au passage, une petite allusion à Einstein et à sa théorie de la relativité pour accepter que tout n'est que question de vitesse, laquelle, selon le Pr Norman est la clé de toute perception.
Et question vitesse, Besson se déchaine. Plus fort que Taxi et plus fort que Bruce Willis dans Le cinquième élément, ça blinde à toute vibure ! Les arcades de la rue de Rivoli et le sous-terrain des Tuileries n'en ont jamais vu et entendu autant. Des voitures de police qui entament un boléro de Ravel façon Maurice Béjart, ça ne s'était jamais vu à ce rythme-là. Pour un peu, Bullitt lui-même s'accrocherait à son fauteuil.
On se dit que ce n'est pas possible et que les images de synthèse ont fait de sacrés progrès. Pourtant la famille Julienne des cascadeurs figure bien au générique.
Dans toute cette histoire, dire que les taïwanais ont le beau rôle serait exagéré. Il n'est pas certain, à cet égard, que le film au budget pharaonique de Luc Besson trouve son amortissement financier en Asie du Sud-Est…
Et nous, compatriotes du prolifique Besson, comment tout cela nous parle-t-il ?
Lucy se regarde sans déplaisir. Mais oserais-je avouer que je n'ai, à aucun moment, ressenti une once de cette émotion qui nous avait étreints chez Nikita, chez Léon, ou avec Le cinquième élément, qui étaient pourtant à la poésie ce qu'Hiroshima fut au jeu de Mahjong.
C'est brillant au niveau des effets spéciaux. Et ils sont très présents.
Dans son rôle de nouvelle Nikita chez les trafiquants de drogue, Scarlett Johansson présente un impeccable visage botoxé par l'absence des sentiments qu'elle a perdus avec le Savoir.
Et ce n'est que Morgan Freeman qui délivre un peu d'humanité dans ce western survitaminé .
Que se passe-t-il quand un être humain passe progressivement de 15% de maîtrise des se facultés mentales à 20%, puis 30%, puis 50%, et finalement à 100% ?
Si c'est toujours à moi que vous parlez inspecteur, le mieux c'est d'aller voir le film.
Il est sur les écrans depuis le 6 août.
ML
http://www.purebreak.com/news/lucy-dans-les-coulisses-du-tournage-a-paris-avec-scarlett-johansson/76864