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humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!

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Floride, film de Philippe Le Guay

Claude Lherminier, octogénaire portant beau, a perdu les pédales. Sa raison ne trouve plus les cale-pieds et sa mémoire connaît des sauts de chaîne de plus en plus fréquents. Mais sa fille veille au grain et à la pérennité de l'entreprise familiale. Avec amour.

Claude c'est notre Jean Rochefort. C'est Monsieur Rochefort-grand-comédien qui fait un tout petit peu de place à Jeannot-l'espiègle, pour laisser friser son œil dans les jours où son Alzheimer est de bonne humeur.

Car c'est de cela qu'il s'agit. De cette démence qui s'empare de vous de façon sournoise et qui vous permet de donner l'illusion, auprès d'inconnus qui ne connaissent pas votre histoire, d'une fraîcheur d'esprit qui s'épanouit dans des délires dont la famille fait souvent les frais.

Carole, la fille de Claude, c'est une Sandrine Kiberlain émouvante et juste.

Pour Claude, elle est à la fois sa béquille et sa poupée de chiffon dans laquelle il plante des banderilles trempées dans le sarcasme. Et se pose cette douloureuse question de savoir si, et comment, on peut maintenir à son domicile une personne atteinte de cette maladie. Carole fait tout ce qu'elle peut, elle tient la boutique, elle recrute les dames de compagnie les plus méritantes, elle est présente, elle contourne les obstacles que représente l'absence de ceux qui devraient être là.

Et Claude est très bien comme ça, et même qu'il n'a pas besoin qu'on l'aide !

Le film est tiré de la pièce de Florian Zeller "Le père" qu'a interprété l'immense Robert Hirsch au théâtre avec Isabelle Gélinas à ses côtés, jusqu'à ce qu'un pépin de santé sur scène l'oblige à baisser le rideau. Mais ce n'est pas du théâtre filmé que nous propose Philippe Le Guay. Il nous invite à un vrai voyage dans la tête de Claude avec ses fantaisies, ses fantasmes, ses a priori pour le jus d'orange de Floride et ses hantises, comme le riz au lait.

Jean Rochefort campe un vieillard désorienté jusque dans la démarche, et Jeannot-l'espiègle nous offre de ces coups de gueule truculents qui contrastent magistralement avec les regards perdus et chargés d'innocence de Claude. Voilà l'artiste !

Ça pourrait être plombé, et c'est léger comme un air de Mireille et Jean Sablon.

C'est astucieusement monté, c'est du cinéma sensible et intelligent.

Michel Deville doit certainement faire partie des références de Philippe Le Guay. Et il me semble qu'on n'a rien fagoté d'aussi juste et pointu sur les sentiments depuis, dans un autre genre, Le chat de Granier-Deferre, avec Gabin et Signoret.

Vous savez quoi ? J'imagine Jean Rochefort, nous la jouant Jeannot-l'espiègle, monter sur scène le 26 février 2016, avec son élégance et son sourire éclatant pour venir chercher son neuvième César, et nous jurer ses grands dieux qu'il ne l'a pas fait exprès.

NB: Floride sort le 12 août prochain, mais on l'a vu en avant-première.

ML

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