humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer… (Baudelaire)
Le miroir de la mer était insupportable, en ce jeudi 3 septembre, avec la photo d’un enfant mort, face contre terre, rejeté par les vagues, rejeté par l’inhumanité d’un dictateur syrien, celle de djihadistes sanguinaires, celle de nos sociétés impuissantes à tendre la main, bref, l’inhumanité de tous, la nôtre, celle de chacun.
Le miroir était à ce point insupportable que mis à part « Le Monde » daté du soir, aucun quotidien français n’avait osé publier la terrible photo qui circulait depuis la veille pourtant sur les réseaux sociaux. Il n’est pas injuste de dire qu’en la circonstance, une grande partie de la presse écrite a failli à son devoir d’informer.
Au-delà de ce triste constat, il faut s’interroger sur les raisons qui ont pu inciter tous ces quotidiens à nous aveugler. Peut-être existait-il chez certains un doute sur l’authenticité de la photo, les manipulateurs d’images et les militants de la désinformation pullulant sur la toile… Mais plus profondément, on peut penser que les responsables des rédactions ont eu peur des réactions de leurs lecteurs. Non pas la peur de choquer l’œil, mais celle de heurter les idées de ces lecteurs. Les Français seraient parait-il d’après un sondage très récent, hostiles à 56% à l’accueil des migrants et réfugiés en France.
Personne ne pourrait taxer sérieusement la presse quotidienne française de sympathie particulière pour le Front National mais force est de constater qu’en l’occurrence, cette presse semble avoir acté le fait que les thèses du FN sont suffisamment ancrées dans une bonne partie de la population pour qu’on ne prenne pas le risque de les contredire. L’opinion française est ainsi devenue gangrenée et en cachant une photo tragique, une partie de la presse s’est bouché les yeux et ceux de ses lecteurs, par peur.
Personne ne pourra dire que la question des migrants est simple mais le refus de regarder est, lui, simpliste. La compassion ne fonde pas une politique ; l’on sait bien que les images s’effacent avec le temps et que les pages des quotidiens s’écrivent souvent à l’encre de l’oubli. Mais voir à quel point la population allemande se mobilise pour donner un peu de chaleur à l’errance doit nous faire profondément réfléchir sur notre égoïsme national, doit nous faire penser en termes politiques et donc en termes d’action, de construction pas à pas d’un monde plus solidaire.
Les propos tenus par l’extrême droite française et repris sans trop de nuances par une bonne partie de la droite, à commencer par le président des répus lui-même relèvent de l’indécence la plus totale, au nom de visées purement politiciennes dont l’inhumanité apparait aujourd’hui encore plus criante. Il y a quelques semaines, Sarkozy s’essayait à l’humour en comparant l’exode des réfugiés à une fuite d’eau dans sa maison. La mer vient tragiquement lui renvoyer le reflet de sa bêtise,
triste à pleurer.
dr