humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
"N'écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, il se garda bien d'intervenir."
(Jules Renard).
C’est par cette citation que commençait le film d’Yves Robert sorti en 1979, « Courage, fuyons ». Il s’agissait d’un spectacle assez distrayant, beaucoup plus en tous cas que celui que nous ont infligé à la télévision, mardi 15 novembre, le Président de la république et les trois punching ball qui l’interviewaient ce soir là, spectacle désolant que « la hune » baptisera donc « Courage, Fillon » !
1 : des fuites en séries…
Il y a eu d’abord celle des journalistes ; on a beaucoup écrit déjà sur leur absence de pugnacité face à leur interlocuteur… là n’est pourtant pas le problème. Il faut reconnaître que sauf à polémiquer avec le petit président, c’est à dire, à utiliser les mêmes travers que lui, ils ne pouvaient guère aller très loin. Si l’un d’entre eux avait osé dire au chef de l’Etat « Répondez par oui ou par non ! … Je n’ai pas entendu votre réponse ! … », on imagine sans peine quelle aurait été l’attitude de l’interlocuteur. La fuite des journalistes a été simplement d’accepter de participer à ce type d’émission parce que les conditions ne leur permettaient pas de faire leur travail de journaliste.
Il y a eu aussi et surtout les fuites du Président lui-même : A la question d’un rapprochement possible avec le Front National, on a eu droit à un petit et timide « Ce n’est pas mon avis »… , D’une part, un avis n ‘est pas un engagement (…surtout que l’on connaît maintenant sa façon de tenir ses engagements) et d’autre part, on sait maintenant que lorsqu’il envisage un changement de cap, Nicolas Sarkozy envoie toujours quelques ballons d’essai pour voir comment l’opinion réagit. Cela a été le cas une fois de plus avec le député UMP du Nord Christian Vanneste qui s'est clairement prononcé pour une alliance avec le FN lors des législatives de 2012.
Fuite encore quand il s’est agi de justifier le maintien de Fillon comme Premier Ministre. Bien entendu, les éloges ont plu comme jamais sur la tête de celui qui n’était encore il y a quelques mois qu’un « collaborateur » du Président et qui était écarté des réunions régulières auxquelles étaient conviés, eux, les ministres « amis » du petit chef. Personne ne peut y croire évidemment, mais les éloges permettent de ne pas répondre aux seules questions importantes : pourquoi ce remaniement gouvernemental et pour faire quelle politique ? En fait, tout le monde connaît la réponse : pour essayer de gagner l’élection Présidentielle en 2012.
Fuite aussi des centristes dont certains quittent le navire à la façon des rats. Hervé Morin prétend que c’est l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2012 qui serait la cause de son départ mais là encore, personne ne peut croire un seul instant que les nano-candidatures d’Hervé Morin, de Christine Boutin ou de Nicolas Dupont-Aignan soient de nature à bousculer le corps électoral. On peut s’étonner cependant que les règles de la politique soient à ce point étrangères aux lois de la géométrie puisqu’on constate que plus un cercle est restreint, et plus il a de centres ! La vérité est que l’avenir du bateau présidentiel leur parait tellement compromis que nos centristes préfèrent arrêter là la croisière… jusqu’à la prochaine escale puisqu’ils remonteront à bord si jamais le temps s’éclaircit.
2 : des stratégies qui divergent :
En réalité, les épisodes de ces derniers mois montrent qu’il y a maintenant un début de divorce entre le petit président et les parlementaires qui le soutiennent. Jusqu’ici, ces derniers estimaient que l’aura du chef, son dynamisme et son culot, (et aussi l’absence d’un autre candidat crédible de droite) en faisaient le vainqueur probable de l’élection de 2012, ce qui assurait leur gagne pain pour la suite. Toutes les élections intermédiaires se sont soldées par des défaites plus ou moins cuisantes pour la droite ; les prochaines cantonales et sénatoriales ne paraissent pas très bien engagées… cela ajouté à la descente vertigineuse de la cote de popularité de Nicolas Sarkozy fait que nos parlementaires UMP commencent à craindre à juste titre pour leurs sièges. Autant ils pensaient avant être réélus en 2012 en se contentant de « sucer la roue » de leur leader (terme cycliste pour les initiés), autant ils songent à se démarquer d’un personnage qui devient aujourd’hui encombrant … d’où la nécessité d’imposer Fillon comme Premier Ministre.
Là où le bât risque de blesser, c’est que la stratégie du petit président a aujourd’hui pour seule finalité sa réélection à tout prix, au besoin en ratissant très large sur le terrain de l’extrême droite. Il sait qu’il ne pourra rééditer le coup de 2007 c’est à dire, prendre les électeurs du Front National tout en fustigeant les dirigeants de ce parti. Comme nous l’écrivions il y a quelques semaines, la donne a changé, Marine n’est pas Jean Marie et surtout, l’électorat populaire d’extrême droite est lui aussi, victime de la politique de classe menée par Nicolas Sarkozy. Une entente au moins tacite avec Marine Le Pen est une hypothèse de travail. Petit problème pour les parlementaires UMP qui seraient alors obligés, non seulement de justifier ce choix devant leurs électeurs, mais surtout, de laisser un peu de places pour permettre à des candidats du FN d’être élus…
…Et s’il fallait un petit signe que les stratégies divergent actuellement entre le Président et sa majorité, cherchez dans l’actualité de ces dernières semaines quels sont « les éléments de langage » que l’Elysée aurait pu dicter pour assurer la « communication » de l’exécutif… il n’y en a pas eu ou du moins, ils n’ont pas été repris. Et l’énervement du petit président face aux journalistes ou devant les caméras, à l’égard de son homologue Roumain, témoigne de sa nouvelle fragilité politique.
dr