humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
On vient d’assister à l’enterrement du débat sur l’identité nationale sous la houlette de François Fillon, promu pour la circonstance grand ordonnateur des pompes funèbres. On ne se bouscule pas apparemment pour venir signer le registre des condoléances et le maigre héritage sera administré par une commission d’historiens qui ne doivent pas avoir trop d’illusions sur le parti qui sera tiré de leurs futurs travaux. On ne va évidemment pas pleurer sur le sort d’un ministre qui repart la queue basse (en l’occurrence, Eric Besson le pantalon) mais il faudra se souvenir que les véritables commanditaires d’un aussi funeste projet sont les mêmes que ceux qui ont fait en sorte de le « flinguer » , abandonnant sur le terrain les exécutants de la volonté présidentielle.
Quel gâchis, et surtout, quels risques d’effets collatéraux ce faux débat nous apporte ! Des minarets à la Burka, la stigmatisation d’une population et d’une religion se trouvent encore plus banalisées. Triste résultat pour un débat qui n’avait pas lieu d’être alors même que la menace de faillite qui affecte certains pays d’Europe nous ramène à un vrai débat qui lui, mériterait d’être tenu en France et ailleurs, à savoir, l’Europe existera-t-elle dans dix ans si les pays membres n’acceptent pas de s’orienter vers un modèle politique fédéral européen ?
La situation de la Grèce, du Portugal et d’autres peut constituer une opportunité :
L’euro a incontestablement l’avantage de permettre aux Etats membres de disposer d’une monnaie stable par rapport aux autres monnaies. Dans le contexte de mondialisation que nous connaissons, quels ravages aurait fait la crise sur les monnaies nationales si nous n’avions pas eu la monnaie unique ? spéculation, inflation, dévaluations se seraient succédées en ordre dispersé en Europe avec les tentations de repli sur soi, de nationalisme exacerbé ou d’agressivité susceptibles de renaître à l’occasion des crises majeures. Mais la situation préoccupante de certains pays qui, plus encore que d’autres, ont perdu la maîtrise de leurs équilibres budgétaires, risque de rendre la situation intenable. Sans intervention des autres Etats pour aider momentanément ces pays à restaurer leurs équilibres, ou bien ces derniers devront quitter la zone Euro, ou bien l’Euro perdra toute crédibilité en tant que monnaie et il n’y aura plus de zone Euro. Mais une intervention de ce type ne peut se faire sans que la communauté européenne ait la garantie que les Etats « aidés » prennent les mesures internes permettant le retour à l’équilibre. Autrement dit, pas de mutualisation possible des risques économiques des Etats européens sans qu’il n’y ait d’autorité de contrôle des politiques économiques suivies par chacun d’eux. L’obligation de solidarité des Etats européens qui est née de la création de la monnaie unique a un corrolaire politique qui n’a pas aujourd’hui encore abouti, à savoir, une Europe politique dont le pouvoir supra national écorne certains pans des souverainetés étatiques.
Les enjeux d’une Europe fédérale :
Il y a urgence à ouvrir un débat sur ces enjeux qui ne vont pas de soi et qui méritent d’être traités sérieusement et de la façon la plus démocratique qui soit. Le contrat passé entre le monarque ou l’Etat d’une part, et le citoyen d’autre part, se résume d’une manière simpliste en un renoncement de la part de ce dernier à l’exercice de certains droits ou libertés en échange de certaines garanties de paix, de sécurité, ou d’ordre social. Il en est de même au sein d’un Etat fédéral dans lequel les membres de la fédération renoncent à certaines prérogatives d’ordre étatique en échange de garanties de sécurité économique, militaire, sociales etc… Ouvrir un débat pour que les citoyens puissent se déterminer de la manière la plus éclairée possible sur les avantages et les inconvénients d’une Europe plus intégrée, sur les espoirs qu’elle permettrait et les renoncements auxquels elle obligerait, paraît aujourd’hui indispensable. Mais comment ouvrir ce débat sereinement sans qu’il prenne les allures caricaturales du plombier polonais que nous avons connues à l’occasion du référendum sur le traité européen ? C’est une question qui fait appel à la conscience démocratique de tous et d’abord à celle de ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire.
En attendant l’ouverture d’un tel débat, il convient de s’opposer à ceux qui seraient tentés par la solution d’exclusion de ceux qu’ils appellent « les mauvais élèves de l’Europe ». Sachons leur rappeler que la liposuccion n’est qu’une technique d’élimination momentanée de la graisse et n’a pas vocation à constituer une thérapie. Eliminer la Grèce de la zone Euro ne soignerait pas ce pays et risquerait de le précipiter vers un « régime » …de colonels qui présenterait de réels dangers, pour les Grecs d’abord mais aussi pour l’ensemble des Européens.
dr