humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Avril 2012 : en direct de Radio « La hune », à écouter sur la fréquence http://lahune.over-blog.fr/
Chers auditeurs, bonjour,
Aujourd’hui est un jour de liesse pour la presse, la diplomatie française et le Président de la République qui descend actuellement les Champs Elysées avec dans sa voiture, Marie Drucker et Stéphane Bern, les deux journalistes de France 2 qui avaient été enlevés à l’issue de leur reportage sur le mariage du prince Albert de Monaco fin juin 2011. On se souvient qu’à l’époque, le gouvernement et notamment le ministre de l’intérieur, avaient tenu à saluer le caractère particulièrement odieux de l’enlèvement de nos deux confrères, sans mettre le moins du monde en cause les risques inconsidérés que ces derniers avaient pris en s’aventurant dans les dessous de la Principauté. Il faut se rappeler qu’en effet, la communication du gouvernement avait été catastrophique à l’occasion de la prise d’otages de deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, et de leur libération en juin après 18 mois de détention par leurs ravisseurs. Ces deux journalistes avaient d’ailleurs très sobrement, mais très directement fait la mise au point qui s’imposait, en indiquant clairement qu’ils avaient simplement fait leur travail, sans prendre, eux, de risques inconsidérés. Nous avions pu constater alors qu’après 18 mois pendant lesquels il avait fallu à chacun conjuguer courage, lucidité et espoir, la joie d’être libérés n’avait en rien altéré leur objectivité de journalistes et leur liberté de ton.
Très rapidement cependant, l’actualité avait imposé à nos médias de nouveaux sujets : la nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI ayant été quelque peu éclipsée par la libération d’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, le gouvernement avait à cœur de reprendre la main sur le plan médiatique. Le remaniement gouvernemental nécessité par le départ de Madame Lagarde lui en donna l’occasion bien au delà de ses espérances : On assista à une guerre brève, mais meurtrière entre les gens du même clan, avec claquements de portes, menaces de départs, histoires de cocus qu’on met dans un placard… C’était du pur Labiche réécrivant « embrassons nous, Folleville ! ». Et de fait, à la fin de la pièce, les multiples embrassades entre les rivaux d’hier furent un morceau d’anthologie. La palme revint incontestablement à celui qui avait gagné la guerre et qui couvrit de louanges et de baisers celle à qui il succédait. Cette dernière le taxa d’un aimable « brute à la gueule d’ange ». Les simagrées enamourées et les singeries médiatiques du nouveau ministre de l’économie lui valurent à l’époque de la part d’un éditorialiste peu charitable de « la hune » le sobriquet de François Babouin…
Le rideau tombait très vite sur cette mauvaise pièce boulevardière car l’actualité donnait en pâture à nos médias un nouveau rebondissement dans l’affaire DSK. On retiendra de cette époque que quelques membres du PS et certains commentateurs évoquaient alors la possibilité d’un retour de l’intéressé dans la course aux primaires socialistes… alors même que chacun savait que la page était tournée sur ce chapitre là et que cette éventualité aurait même condamné la gauche à l’élection Présidentielle… On y avait vu de la part des amis de DSK le besoin de faire savoir qu’ils n’avaient pas sombré politiquement avec le capitaine du navire, et de la part des commentateurs, la nécessité de vendre un peu de papier en ce début de juillet 2011…On sait depuis comment se sont déroulées les primaires au sein du PS ; On a vu comment, après avoir dénoncé « le fichage politique » des participants à ces primaires que le PS allait forcément réaliser, L’UMP incitait ses sympathisants à y participer pour faire désigner… Ségolène Royal qui semblait pour la droite (et à juste titre), l’adversaire la plus facile à vaincre… On sait que cette manœuvre échoua en grande partie en raison d’une forte mobilisation de l’électorat de gauche. Depuis, ces primaires ont donné le résultat que l’on sait et nos auditeurs pourront se reporter à nos chroniques de l’époque.
Il reste que bien des ombres subsistent sur les circonstances de la libération de Marie Drucker et Stéphane Bern. Ces deux journalistes, sous couvert de commenter le mariage d’Albert, enquêtaient en réalité sur les dessous financiers de la Principauté, dessous bien affriolants pour un certain nombre de fraudeurs fiscaux dont l’ex ministre du budget, François Babouin devait connaître les noms (s’il était bien entendu un ministre responsable et compétent). Nos deux confrères étaient-ils sur le point de faire des révélations gênantes pour la Principauté ou pour les complicités dont les fraudeurs bénéficieraient au sein même de l’appareil fiscal ? Le ministre des affaires étrangères a affirmé que le dénouement de cette affaire relevait de la raison d’Etat et du secret diplomatique mais en tout état de cause, qu’aucune rançon n’avait été versée…Il se murmure par ailleurs qu’un accord aurait été signé entre la Principauté et l’Etat français pour redéfinir le périmètre des relations fiscales entre la France et Monaco…
* *
*
En tous cas, la seule « gueule d’ange » qu’il y ait vraiment dans cette affaire, c’est le visage de l’heureuse élue, la nouvelle princesse, ex championne de natation en République Sud Africaine. Espérons seulement que cette sirène n’ira pas à son tour nager dans les eaux troubles du marais monégasque…
dr