humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
L’accord intervenu entre le gouvernement français et Monsieur Lakshmi Mittal sur le proche avenir des hauts fourneaux de Florange suscite d’innombrables réactions, les unes atterrées, les autres plus mesurées. Et pourtant, cette affaire est révélatrice d’une façon de faire de la politique que « la hune » avait déplorée dans deux articles du 7 septembre dernier (Corrigé de devoirs de vacances) et du 1er octobre (Montebourg s’en va-t-en guerre…)
Arnaud Montebourg n’est pas un nouveau-né de la politique. A la surprise de bon nombre de sympathisants de gauche qui s’étaient déplacés pour participer aux primaires socialistes, il s’était auto proclamé le chantre de la lutte contre la mondialisation. Le bon score obtenu à ces primaires ne doit pas faire oublier la manière, s’inscrivant davantage dans le registre de la dénonciation des excès que dans celui de la responsabilité de l’exercice du pouvoir. Ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg semble plus à l’aise dans l’activisme que dans l’action. Il se dépense sans compter et personne ne pourra lui contester un dynamisme affiché certes, mais qui nous rappelle fâcheusement le précédent locataire de l’Elysée. « Sa Grandeur » en effet ne lésinait pas sur les annonces tonitruantes, les dénonciations à tout-va et la stigmatisation des adversaires de tous bords. Arnaud Montebourg a malheureusement repris certains travers de la méthode de communication de Nicolas Sarkozy et l’effet s’avère déplorable.
Affirmer comme il l’a fait devant les députés et les ouvriers de Florange qu’il avait quasiment sous la main, un repreneur disposé à investir 400 millions d’euros est grave si le repreneur en question n’a pas la crédibilité suffisante. Avant de proclamer, on étudie sérieusement les dossiers. Qui plus est, on étudie en concertation avec ses collègues ministres et le chef du gouvernement. Idem quand il s’agit d’évoquer la possibilité d’une nationalisation. Notre ministre Don Quichotte semble préférer faire cavalier seul, semant le vent de ses paroles en espérant qu’il fera tourner les moulins de l’industrie…
Parce que, sur le fond, si l’Etat doit nationaliser toutes les entreprises qui envisagent de procéder à des licenciements, la facture risque d’être salée. La nationalisation d’un secteur industriel ne peut se concevoir que si le maintien sous tutelle de l’Etat du secteur en question est, sur le plan stratégique, une absolue nécessité pour l’indépendance nationale. Si tel n’est pas le cas, la nationalisation de Florange relève de la Mélenchonnerie hebdomadaire à laquelle nous sommes maintenant habitués. Laissons notre admirateur d’Hugo Chavez rêver de son économie administrée, totalement incompatible avec les contraintes européennes qui par ailleurs, préservent bien des intérêts économiques de la France.
On aimerait qu’Arnaud Montebourg tire les leçons de cet épisode, même si elles ont pour lui un goût amer. On aimerait qu’il mette son dynamisme et sa créativité au service de la définition d’une politique industrielle de long terme. Peut-être s’en occupe-t-il, d’ailleurs, mais on préfèrerait qu’il y travaille en profondeur, sans l’obsession d’une communication qui ressemble plus à une fuite en avant qu’à des avancées réellement prometteuses de créations d’emplois productifs. On préfèrerait qu’il y travaille en concertation avec ses pairs, avec la sérénité que procure parfois l’obscurité… Mais Arnaud Montebourg sera-t-il un jour assez grand pour ne plus redouter le noir ?
dr