humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Lettre ouverte au Manneken pis
(aux bons soins de Monsieur Depardieu)
Cher petit bonhomme,
Voilà qu’à ton tour, tu vas devoir souffrir de la mondialisation et de la concurrence sauvage qui l’accompagne inexorablement ! Toi dont la célébrité découle (si je puis dire) à la fois de l’innocence, mais aussi de l’insolence et de l’impudeur de ta posture, te voilà bientôt débordé sur ton flan ouest par l’arrivée de Gérard Depardieu, passé maître, lui aussi, dans l’art d’uriner dans le couloir d’un avion sans passer par la case toilettes. « On aura ici une pensée pour d‘autres petits calculs (rénaux, ceux là) que le personnel d’Air France aurait pu trouver lorsqu’il fut obligé de nettoyer l’urine de notre grand comédien, incapable de se retenir le 16 août 2011 dans l’avion qui le menait à Dublin » rappelait « la hune » le 15 mai dernier sous le titre « petite leçon de calcul ». Ne t’inquiète cependant pas trop, cher petit bonhomme rablé, n’est pas Rabelais qui veut et la grossièreté des manières n’est que vulgarité lorsqu’elle n’est sous tendue que par l’obsession de la jouissance et du profit personnel. Ne t’inquiète donc pas, ta célébrité ne risque pas d’être entachée par l’arrivée de celui qui a réussi l’exploit de passer en quelques années de la tête d’affiche des « Misérables » à un confetti minable.
Celui qui incarnait si bien Jean Valjean semble en effet aujourd’hui, beaucoup plus à l’aise dans le rôle de Thénardier. Qu’importe si le nombre de « Cosette » se situant au dessous du seuil de pauvreté a fortement augmenté ces dernières années en France, notre marchand de pinard compte ses sous et il ne voit pas pourquoi il ferait preuve de la moindre solidarité à leur égard. Avoue cependant, cher petit bonhomme, que tes compatriotes ne sont pas très regardant sur la qualité des émigrés fiscaux. Qu’importe le flasque con, pourvu qu’on ait l’ivresse, peut-on entendre du côté de Néchin, petite cité située à 1 kilomètre de la frontière française… (Comme quoi, quand on aime le dépaysement fiscal, on compte aussi les kilomètres !) Il est loin, le temps où Depardieu n’était qu’un débutant en quête d’un premier rôle et bénéficiant du régime des intermittents du spectacle ! Le bougre a soufflé sur beaucoup de bougies d’anniversaires et dans bien des éthylomètres, avec succès, d ‘ailleurs…
Un par un, Depardieu, quatre à quatre, ce pourrait être une comptine qu’apprendraient les petits Belges de ton âge , mon petit bonhomme :
Un par un arrivent chez nous les émigrés du fisc
Depardieu, pissent sur leur nouveau territoire,
Pi, pi s’agrandit le cercle des millionnaires
Quatre à quatre, dégringolent dans l’estime qu’on leur portait…
François Hollande évoque l’idée de renégocier les conventions fiscales entre pays de la zone Euro, ce qui est urgent tant que ne progresse pas l’harmonisation fiscale dans la Communauté. Mais en attendant, ne serait-il pas possible de créer en France un véritable statut de l’émigré fiscal ? Lui faire perdre la nationalité française n’aurait pas de sens mais on peut restreindre certains droits comme celui de représenter son pays dans les manifestations sportives (exit Tsonga, Gasquet et d’autres tennismen ou footballeurs), celui d’entraîner une équipe nationale (exit Forget)… Depardieu pourrait concourir pour l’obtention du « César » mais dans la catégorie « meilleur acteur étranger ». Hallyday représenterait la Suisse au concours de l’Eurovision de la chanson avec quelques tyroliennes endiablées. L’émigré fiscal perdrait son droit de vote aux élections locales pendant que l’étranger travaillant de façon régulière en France depuis un certain nombre d’années (et qui paye ses impôts et cotisations en France) obtiendrait, lui, ce droit. Parce que, quand même, l’idée que Depardieu qui ne contribue pas à l’impôt, ait son mot à dire sur le financement des équipements sociaux de sa commune en France, alors que d’autres habitants de ladite commune qui, eux, payent régulièrement leurs impôts, n’auraient pas cette faculté, cette idée est parfaitement insupportable.
L’objectivité élémentaire oblige à dire que toutes ces remarques valent aussi pour les hommes politiques, y compris les ministres en exercice si les allégations qui se répandent autour de l’un d’entre eux se révélaient vérifiées.
Et puis, pour ceux des émigrés du fisc qui se repentiraient un jour et qui décideraient de revenir en France, il ne devrait pas être trop difficile, pour les fonctionnaires de Bercy, de recalculer le manque à gagner occasionné par le tourisme fiscal de ces repentis en exigeant le paiement de la différence entre les impôts qu’ils auraient dû payer et ce qu’ils ont réellement déboursé en Suisse ou en Belgique…
Ce qui est aussi insupportable, c’est le fait que ces soi-disant grands personnages aient soutenu le petit Sarkozy dans ses errances sur l’identité nationale et le patriotisme. L’exemple donné par nos émigrés fiscaux suffit à rendre compte de la profondeur et de la réalité de leurs convictions. Il serait temps que ces gens comprennent que la célébrité qui leur fait gagner autant d’argent impose deux devoirs fondamentaux : celui de payer ce que l’on doit et celui de donner l’exemple. La célébrité sans devoir d’exemplarité n’est que cynisme.
Voilà, cher petit bonhomme, ce que je voulais te dire avant que tu ne rencontres ton nouveau concurrent. Sincèrement désolé que ce voisinage te soit imposé (ce n’est pas le terme le mieux adapté), surtout que pour tout te dire, franchement, Depardieu, il commençait à nous ch… dans les bottes !
Cordialement,
Dominique Rossignol