Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!

Publicité

« Je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas »

Nous voici arrivés à la moitié du mandat du Président Sarkozy. D’aucuns se livrent et se livreront encore avec talent au bilan qu’il convient de tirer de ces deux années écoulées, mesureront les résultats a l’aune des promesses, détailleront l’inventaire des annonces de réformes, tireront opportunément de la crise économique les justifications d’écarts parfois considérables entre les promesses et les réalités… Cette réflexion est nécessaire, utile pour éclairer le chemin parcouru,  mais ce n’est pas l’objet de cet article.

 

J’avais été frappé, au soir de l’élection du nouveau Président, par cette phrase lancée par l’intéressé du haut de l’estrade dressée place de la Concorde : « Je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas »… Ce qui était étonnant, ce n’est pas le fond du discours qui demeure dans la continuité du registre de la promesse électorale, c’est la formulation elle-même :

 

L’usage de la négation ne…pas

L’emploi de termes à très forte connotation négative : trahir, mentir, décevoir…

 

On pourrait bien entendu arguer que l’emploi de ces termes assorti de l’usage de la négation « ne pas » renforce l’aspect positif du discours, à l’instar de ce qui se passe en mathématiques avec la formule « - X -  = + »… On pourrait également imaginer que cette phrase proclamée de la bouche du nouveau Président devait s’entendre précédée d’un seul mot, prononcé, lui, de façon subliminale : « moi », ce qui, on en conviendra, donne une couleur très particulière à la déclaration « moi, je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas »…

 

Je préfère m’intéresser à ces deux aspects étonnants de la formulation au vu de l’image qu’ont voulu imposer le Président, son entourage et ses communicants, de la personnalité présidentielle : présenté comme un homme volontariste,  en perpétuel mouvement, toujours sur le terrain au plus près des victimes, des exclus, capable d’opérer toutes les ruptures nécessaires avec l’ordre ancien et ses pesanteurs administratives, soucieux de mettre fin aux désordres nouveaux issus de mai 68… voilà un homme qui entame son mandat non seulement par affirmer ce qu’il ne fera pas, mais dont l’engagement reste du domaine purement affectif : il s’engage en réalité à ne pas nous faire de peine ! Promesse totalement dénuée de sens. En effet, on peut concevoir que renoncer à la pratique de la trahison et du mensonge constitue un engagement purement unilatéral mais cela n’a pas valeur de contrat : la révocation de cet engagement ne constituerait pas un motif d’exclusion de la fonction présidentielle, ce qui enlève toute portée à la promesse de ne pas ni trahir, ni mentir…

Pour ce qui est de l’engagement de ne pas nous décevoir, on franchit là un pas supplémentaire : autant je peux promettre de ne pas ou de ne plus trahir ou mentir, autant promettre de ne pas décevoir est du domaine du pur fantasme : nous n’avons aucune prise sur le ressenti de l’autre, ses joies ou ses déceptions ; c’est l’autre qui va décider s’il peut ou non se réjouir ou être déçu ; je peux mettre tous les moyens possibles pour rendre l’autre heureux, in fine, c’est l’autre qui choisira d’être ou non heureux ; en d’autres termes, je peux m’engager sur des moyens, mais pas sur l’atteinte de la finalité ; or, ce que l’on demande à un homme politique, c’est en engagement sur des moyens (politiques, économiques, sociaux), qui sont dans un domaine mesurable, et non sur un but qu’il ne saurait maîtriser, à savoir, notre degré de plus ou moins grande déception. Ce faisant, en s’engageant à ne pas nous décevoir, le nouveau Président a inauguré son mandat par une proclamation d’impuissance politique : il promet d’atteindre une finalité qui ne dépend pas de lui sans s’engager sur les moyens d’y parvenir et qui, eux, dépendraient de lui et de sa politique.

 

Dernier facteur d’étonnement concernant l’emploi des termes mensonge et trahison : faire référence à ces pratiques dans le premier discours que l’on prononce après avoir été élu témoigne que ces pratiques sont courantes dans la vie politique. Si en effet elles n’étaient qu’exceptionnelles, on imagine que le nouveau Président ne les aurait pas évoquées puisqu’elles n’auraient dans ce cas pas plus d’importance que la recette des spaghettis à la bolognaise… (bien que la suite de son itinéraire sentimental nous inciterait à la prudence sur cette question !…) S’il les évoque, c’est donc qu’elles sont importantes et doivent être combattues, par lui en tous cas puisqu’il s’y engage.

 

A chacun de faire le bilan sur cet engagement à mi-mandat ; simple réflexion d’actualité : se servir de la trahison des autres, n’est ce pas trahir soi même ? Il faudra que je pose la question à Eric Besson…

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article