humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Le 10 mai 2011
Madame,
Cette petite lettre pour souhaiter tout d’abord que vous vous êtes remise du décalage horaire qui a eu pour effet de vous conduire à commémorer avec deux jours d’avance l’anniversaire de l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République. Des esprits mal intentionnés voudraient faire croire que vous avez voulu brûler la politesse à vos petits camarades du PS mais je pense plutôt que ce sont les très longs voyages au fond des territoires lointains de la solitude qui génèrent en vous ce décalage qui n’était pas seulement horaire, d’ailleurs…
Pardonnez moi également d’avoir tronqué votre patronyme, Ségolène R… mais en ce jour où toute l’orthodoxie de la Gauche commémore à tout va, j’ai pensé qu’une petite note rappelant la Révolution française n’était pas superflue : après tout, si nos joyeux ancêtres coupaient la tête du Roi et moi je peux bien couper aussi une partie de « Royal »… rassurez-vous, cela reste du domaine des mots parce que pour dire la vérité, je ne sais pas toujours où vous avez la tête…
Vous n’êtes d’ailleurs pas la seule ! La télévision nous abreuve de documentaires et d’émissions sur le 10 mai 1981, vos camarades socialistes n’ont de cesse de célébrer l’accession du premier Président « de gôche » de la Vème République… Du calme, voyons, du calme ! L’événement était certes important, François Mitterrand a été sans conteste meilleur Président que son prédécesseur et que ses deux successeurs mais de là à fermer les yeux sur les échecs, les pages sombres…
Voyez-vous, Madame, en ce 10 mai 1011, le plus important pour nous, les électeurs d’hier, ce n’est pas d’entendre ces louanges à sens unique qui dénaturent l’Histoire, c’est encore moins d’assister à la récupération que les uns et les autres tentent d’opérer en essayant de se broder un avenir personnel sur le canevas des souvenirs communs. Pour nous, électeurs d’hier, ce 10 mai 2011 nous ramène à la joie que nous avions éprouvée en constatant que NOUS, nous pouvions mettre un terme à la fatalité politique que représentait une droite semblant promise éternellement aux affaires depuis l’avènement de la Vème République. NOUS, les électeurs, nous en avions eu le désir et la capacité. Plus que la commémoration du souvenir de l’heureux élu de 1981, ce 10 mai nous rappelle qu’un autre futur est possible si les citoyens ordinaires que nous sommes en ont le désir. Nous, électeurs d’hier et de demain préférons croire en notre capacité à transformer le quotidien plutôt qu’aux promesses et paillettes en tous genres placées sous les projecteurs des communicants.
Décidément, cette date du 10 mai qui vous a inspiré un peu avant l’heure a réveillé votre ancien collègue du gouvernement Jospin, je veux parler de Jean Pierre Chevènement…Notre « Che » se sent à nouveau l’âme d’un candidat pour 2012 ! Nostalgie, quand tu nous tiens…Moi qui pensais que Mélenchon était un clone de Chevènement, un peu plus de charisme et un peu moins d’idées…La perspective de voir ces deux futurs candidats s’affronter sur des plateaux de télévision lors de l’échéance présidentielle prochaine fait frémir d’envie mon audimat personnel ! Toutefois, il serait injuste que je ne fasse pas subir à Jean Pierre Ch… le même sort que celui que je vous ai infligé en vous coupant le patronyme plutôt que la tête dès le début de ma lettre, Ségolène R… Je tranche donc le « Che » de Chevènement, et il nous reste le non « événement » que constitue l’annonce de sa candidature !
Décidément, ce 10 mai 2011 nous incite à penser que celles et ceux qui prétendent succéder au Père François sont de plus en plus nombreux, à gauche. La concurrence sera rude entre vous ! A force cependant de se revendiquer de l’héritage, je crains que pour certains, le handicap ne soit pas seulement une question de décalage horaire mais de changement de siècle…
Bien à vous
Pour la Hune,
Dominique Rossignol