humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
M'étant depuis de longs mois interrogé en conscience sur ce sujet complexe, et ayant, ici même, fait état de ma conviction, je suis interpellé par un aspect de cette loi désormais votée qui n'est évoqué qu'au chapitre 5 de l'article précédent sur ce même sujet, mais qui m'apparait majeur, celui de l'adoption des enfants, voire demain, peut-être, celui de la procréation.
Comme on nous ressort à tout bout de champ le couplet du déni d'homophobie sur le mode "je ne suis pas homophobe, j'ai même des amis homo", comme on nous le servait jadis à propos des noirs et des arabes, je ne m'engagerai pas à nouveau sur ce terrain, mais ceux qui connaissent ma vie et ma famille m'accorderont que je ne peux pas être soupçonné d'allergie viscérale à cet égard.
Revenons-en donc aux enfants.
Oui, je continue à prétendre qu'il est préférable, pour un enfant, de bénéficier de l'éducation aimante et partagée d'un père et d'une mère, et que toutes les situations alternatives peuvent évidemment être envisagées, sans toutefois qu'elles procurent une quelconque garantie de meilleur traitement.
Et si la relation entre un père et une mère peut s'envenimer au point que l'enfant ait à en souffrir, c'est également vrai pour toutes les autres situations conjugales imaginables.
J'ai envie de dire "fermez le ban".
So what ?
Je suis triste qu'on ait tout mélangé dans ce débat qui a rarement été élevé à la hauteur qu'il aurait mérité, et notre société avec lui, car ce sujet complexe ne se résume pas au mariage de deux personnes de même sexe qui s'aiment.
On a eu la pire des choses avec une porte-parole du mouvement "contre" qui aurait fait condamner la meilleure des lois qu'elle aurait soutenue tant son propos était creux et tant elle-même est une caricature de la pensée.
On a eu des choses tout aussi incroyables de naïveté et d'agressivité du côté des "pour", et il faudrait avoir été sourd et aveugle pour ne pas l'admettre aujourd'hui.
La bêtise et l'invective se sont bien souvent répandues au niveau des pâquerettes en ce printemps pourri.
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Les tenants de cette évolution historique mettent en avant le fait que la loi va régulariser ou sécuriser la situation de quelque 200.000 à 300.000 enfants qui vivraient d'ores et déjà dans des familles homoparentales.
Je pose une question : à combien de ces enfants manque-t-il aujourd'hui d'avoir un père et une mère biologiques ?
En creux, la question peut se poser dans ces termes : combien d'entre eux ont-ils été conçus par le truchement d'une gestation pour autrui interdite en France, ou combien d'entre eux ont-ils été adoptés par un adulte se prétendant célibataire, puisque, jusqu'à ce jour, l'adoption par un couple homosexuel ne recueillait pas l'agrément ? Un peu en catimini en quelque sorte…
A cette question, bien que ne disposant d'aucun chiffre officiel, je crois qu'on peut répondre qu'il s'agit d'une minorité, et que la grande majorité des enfants vivant dans une famille homoparentale ont "hérité" d'une séparation de leurs parents, à la faveur ou à la suite de laquelle l'un des deux a changé la sexualité de sa vie conjugale.
Et dans ce cas, en effet, comme je l'ai déjà écrit, je crois que l'enfant peut se construire, sans trop de difficulté, puisqu'il sait qu'il a un père et une mère biologique et qu'il ne manquera pas du regard croisé sur sa vie et sur son éducation que constitue la famille hétéro qui l'a mis au monde.
Mais je reste persuadé qu'il en ira tout autrement de ces enfants qui demain, déjà malheureux d'avoir été abandonnés ou d'être orphelins, seront adoptés par un couple homo en mal d'enfant, et à qui la société ne lui demandera pas son avis.
Quant à ce qui me semble extravagant et qui consiste à convoquer la science, non pas pour guérir une pathologie mais pour satisfaire une envie, je parle de la gestation pour compte d'autrui pour les couples gays et de la procréation médicalement assistée pour les couples lesbiens, je ne vois pas comment - juridiquement parlant - on pourra en priver certains couples et pas les autres, dès lors qu'ils auront été unis par le même contrat en mairie. Ou bien la loi est la même pour tous ou elle ne l'est pas.
Et, à franchement parler, je ne suis pas certain que, parmi ceux qui se félicitent aujourd'hui de ce nouvel avènement d'une liberté universelle, tous aient été aussi loin dans leur réflexion.
De toutes façons, cette loi votée ne peut plus être remise en question, quelles que soient les vociférations de quelques parlementaires de droite qui voudraient se rassurer à bon compte ou récupérer des voix de gens de gauche qui n'ont pas soutenu le texte.
C'est donc l'avenir, tel qu'il faut désormais l'envisager, qui doit nous interroger, et, je l'espère, nous rassembler.
J'espère que les cours de récréation ne seront pas le théâtre de vilaines ségrégations et que les parents progressistes n'oublieront pas de bien faire la morale à leur progéniture.
J'espère que les enfants de familles homoparentales par adoption (voire par PMA ou GPA) ne souffriront pas ce que souffrent ceux qui sont nés sous X et qui peinent tellement à se construire en raison du manque d'authenticité qui s'attache à leur naissance.
J'espère que notre société ne s'imposera pas des quotas culturels ou professionnels pour que le fait homosexuel soit équitablement représenté dans ces deux sphères.
J'espère que mes doutes auront été vains.
J'espère que ce qui restera de plus digne dans cet épisode de notre histoire sera le discours prononcé par Christiane Taubira dès la proclamation de la loi à l'Assemblée Nationale, discours dans lequel elle a remercié le Président de la république et le Premier ministre de lui avoir confié cette mission, ainsi que les parlementaires qui l'ont soutenue, mais aussi ceux qui, de droite, lui ont apporté une opposition constructive.
Mais ceux-ci n'étaient déjà plus que deux dans l'hémicycle.
Alea jacta est.
ML