humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Tout comme un brillant candidat aux présidentielles, le père Woody a un talent inouï pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais ça fait beaucoup moins mal et c'est beaucoup plus charmant que dans notre réalité hexagonale.
Ca va très vite dans les dialogues, on court à perdre Allen, mais il nous rattrape par la manche, ou plutôt par la Méditerranée avec des prises de vues superbes et des décors somptueux.
Voilà, c'est fait ! Deux mauvais jeux de mots et une allusion politique empreinte d'amertume plus tard, que dire du nouvel opus de maître Woody ?
C'est un chef d'œuvre.
C'est jubilatoire, léger dans le ton, profond dans la réflexion.
Ca nous prend par surprise, ça nous retourne comme une crêpe au moment où l'on s'y attend le moins. Ca peut même nous faire réfléchir. Après.
Je vous pose la question : est-ce que nos illusions nous aident à vivre et faut-il s'y abandonner, ou bien n'y a-t-il que la raison qui puisse nous gouverner dans la quête du bonheur ?
Posé comme ça, on a envie de laisser Nietzsche, Kant et leurs copains de classe s'écharper sur le sujet et sur les hypothèses, plutôt qu'aller au cinéma.
Mais imaginez un instant qu'un spécialiste de la grande illusion fasse disparaître un éléphant sous vos yeux, sur scène, et qu'on l'applaudisse pour cette prouesse.
Vous aura-t-il menti ? Mérite-t-il le piloris ? Votre rationalisme a-t-il encore assez de force pour vous convaincre que cet homme est un escroc ?
Et cette charmante médium, fragile comme une plume, qui se met à deviner votre passé, votre avenir, et ceux de vos proches ? Est-elle sincère ? Ne doit-on pas chercher à la confondre, même si ses prédictions sont heureuses ?
Si celle-ci rencontre celui-là, sur quel terrain de jeu vont-ils s'ébattre, et sur quel serait l'enjeu ?
Dites, il ne faudrait quand même pas que ce soit ennuyeux, pontifiant. Il faudrait des dialogues vifs et ciselés, sertis de perles et de brillantes reparties… Soyez rassurés, le professeur Allen a plus d'un lexique dans sa poche.
On l'a souvent décrit comme le plus français des réalisateurs américains, et, de Paris à la french riviera, il faut reconnaître qu'il sait tourner ses hommages, mais il faut croire aussi qu'il entretient à notre égard quelques infidélités du côté de la perfide Albion, et qu'il aura même poussé l'audace jusqu'à mettre un cierge volant en la très anglicane église de Statford upon Aven où naquit un certain William Shakespeare.
Il y a des comparaisons qu'on peut, dans certains occasions, se permettre.
D'où que son inspiration lui vienne, du ciel et des étoiles ou de l'enfer et du mensonge, Woody Allen nous propose ici un jeu de Cluedo esthétique, intelligent, séduisant, et amusant.
Car on ne s'ennuie pas une minute.
Il faut dire aussi que la performance des acteurs est à la hauteur du scénario. On retrouve un Colin Firth misanthrope et fragile qui nous avait bluffé dans le Discours d'un roi(réalisation Tom Hooper) et ému dans Les voies du destin (très mauvaise traduction pour The railway man - réalisation Jonathan Teplitzky), ainsi qu'une "petite nouvelle", Emma Stone, déjà un peu vue (La couleur des sentiments - réalisation Tate taylor) et qu'on aimera voir encore souvent.
Tout le monde rêverait d'avoir une tante Vanessa de la trempe d'Eileen Atkins, ou un copain Brice à ridiculiser comme Hamish Linklater qui pourrait rivaliser avec Julien Doré pour faire souffrir le ukulélé et nos oreilles profanes.
Mais que dire de cet autre copain, Howard, interprété par Simon Mc Burney, spécialiste des seconds rôles ? Méfiance, confiance ?
Tous ces personnages sont truculents et servis par des artistes en pleine forme et superbement dirigés.
J'entends un bruit… Esprit, es-tu là ?
Oui, assurément.
ML
visionnez la bande annonce: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19545749&cfilm=220980.html