humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Pas une semaine sans que l’actualité nous amène son lot d’informations montrant à quel point la société française est un théâtre où se meuvent les ombres du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie et d’une manière générale, de l’exclusion des différences. Le débat sur l’identité nationale n’a fait qu’exacerber ces travers mais le mal est plus ancien, plus profond. Du faux débat sur les minarets (suisses !) aux blagues plus que douteuses d’Hortefeux ou de Frèche, du voile d’une candidate du NPA à la candidature d’un militant PS dont les adversaires dévoilent un passé qui n’a pas existé, tout est prétexte pour se saisir de la « différence » et tenter d’en tirer un profit électoral.
Besancenot risque de payer cher l’oubli de certains principes républicains. L’UMP court le même risque en ayant laissé s’échapper des relents racistes à l’occasion du débat initié par Besson ; le PS peut se mordre les doigts d’avoir trop longtemps voulu jouer sur plusieurs tableaux en manquant totalement de fermeté à l’égard de Frèche : la région Languedoc Roussillon est très probablement perdue pour la gauche.
La dernière affaire relative à la candidature de Monsieur Soumaré dans le Val d’Oise a été l’occasion pour l’inénarrable Frédéric Lefèvre d’affirmer que "Quelqu’un de condamné n’est pas un exemple. Je pense même que c’est stigmatiser la diversité." Diversité… que cache aujourd’hui ce mot qu’utilisent aussi bien les politiques de gauche et de droite ?
Aujourd’hui, on est Monsieur Dupont, candidat de l’UMP, du PS, du FN ou du Front de Gauche ou alors, Monsieur « consonance étrangère » candidat de la diversité ! Ainsi, la « diversité » apparaît-elle comme une sorte de fourre-tout regroupant tout ce qui n’est pas 100% Dupont ! On ne va pas soupçonner ceux qui emploient les termes de candidat de la diversité d’arrières pensées xénophobes mais cette utilisation pose question. L’évocation d’un éventuel passé sulfureux de Monsieur Dupont ne lui vaudra pas d’être par ailleurs qualifié d’autre chose que candidat du PS ou de l’UMP, maire de telle commune ou enseignant à la retraite par exemple. Monsieur Soumaré est qualifié de candidat du PS… et candidat de la diversité. Il bénéficie d’une adjonction permettant de comprendre immédiatement qu’il n’est pas « 100% Dupont » sans qu’il soit nécessaire par ailleurs de préciser de quoi seraient éventuellement constitués les quelques % manquant !
Ainsi, les mots « diversité », « minorités visibles » ne qualifieraient-ils pas les maux qu’on ne veut pas voir ? De même que le mot « cancer » désigne des formes de maladies différentes mais ayant la redoutable caractéristique de se développer insidieusement, dans le silence de l’intime, la société française souffre depuis longtemps d’une maladie qu’elle a peine à nommer et à reconnaître, à savoir, son refus des différences. Sous prétexte d’unité, tout se passe comme si la société française se voulait lisse, sans aspérités. Est ce dû comme le pensent certains auteurs de science politique aux profondes divisions que la France a connues au cours de son histoire, aux guerres de religions notamment ? Peut être, mais au nom de l’unité nationale, que de répressions politiques et culturelles ! que de langues régionales assassinées ! que de silences complices de déportation de juifs, de crimes racistes ! que de travailleurs immigrés qu’on voulait bien dans les usines mais qu’on ne tolérait qu’en périphérie des villes !
Une maladie qui ne se soigne pas avec des ordonnances :
Bien entendu, le pouvoir politique porte la responsabilité de ne pas avoir su éradiquer la maladie. Le pouvoir politique a été partagé depuis longtemps par des gouvernements de droite comme de gauche et il serait injuste de ne rendre responsable que l’un des camps. Il faut même ajouter que si le pouvoir politique a pu à ce point rester sourd aux besoins d’expression des différences, c’est à l’évidence avec le soutien tacite des citoyens, c’est à dire de nous tous. Jouer sur l’exclusion et la répression par une accumulation de lois ou d’ordonnances est infiniment moins coûteux et rapporte beaucoup plus de voix qu’investir dans l’ouverture et l’intégration qui exigent des moyens colossaux en matière d’urbanisme, d’enseignement, de créations d’emploi. Ce sont des choix difficiles à faire accepter pour tous les hommes politiques qui aspirent à assumer des responsabilités puisqu’ils conduisent à en faire supporter le coût par des électeurs.
On ne peut cependant continuer à se réfugier dans l’immobilisme et la dénonciation du bouc émissaire qui peut être selon la position qu’on occupe, l’immigré qui me prend mon travail, ses enfants qui habitent « les quartiers », le musulman qui est forcément islamiste, le chômeur qui vit d’assistance, le politique qui ne fait rien, le « riche » qui en veut toujours plus etc.… Tous ces boucs émissaires en puissance sont des caricatures dont l’invocation alimente plus les discours qu’elle ne contribue à faire prendre conscience de la réalité. Il est tout aussi illusoire de penser que des charters de sans papiers sont d’une quelconque efficacité pour régler les problèmes d’immigration que de croire que l’intégration des différences peut se réaliser sans volonté politique, sans moyens financiers très conséquents et donc sans sacrifices pour l’ensemble des citoyens.
Les médicaments seront coûteux mais si la société française ne prend pas les moyens de se soigner, elle ne s’en sortira pas.
dr