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humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!

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Brève de comptoir…


 

-         Moi, monsieur, ce matin, je suis allé remplir mon devoir électoral, je suis allé voter !

-         Et bien moi, monsieur, j’ai fait la même chose mais sans me déplacer

-         Vous avez voté par procuration ?

-         Non monsieur, j’ai seulement réglé mes comptes ;

-         Vous voulez dire que vous êtes de ceux qui pratiquent le vote sanction pour les élections régionales ?

-         Non monsieur, je ne mange pas de ce pain là…

-         Je ne comprends rien… Marcel, remets nous ça !… Vous ne vous déplacez pas pour voter, vous réglez vos comptes mais vous ne censurez pas le gouvernement en profitant des élections régionales pour manifester votre humeur, et vous me dites que vous avez rempli votre devoir de citoyen ?

-         Evidemment, monsieur, parce que moi, je vote pour ceux qui nous gouvernent réellement, pas pour le petit conseiller du coin !

-         Tu comprends, toi, Marcel ?

Marcel : Non mais moi, depuis que j’ai ma TVA à 5,5%, je trouve qu’on est bien gouverné ! tenez les gars, ça vous fait 6 euros vingt…

-         Monsieur, quand je vous dis que je règle mes comptes, il s’agit de mes comptes bancaires : je place mon argent dans les établissements qui peuvent me rapporter, qui sont capables d’obtenir ce qu’ils veulent des gouvernements quand ça craint, qui peuvent leur faire un bras d’honneur dès que ça sourit, bref, je donne ainsi le pouvoir à ceux qui le détiennent réellement… et je n’ai pas besoin de me déplacer pour ça !

 

L’argent ou la démocratie ?

 

L’impuissance des gouvernements européens face aux attaques de marchés dirigées contre la Grèce nous fait toucher du doigt la fragilité économique de l’Europe et son incapacité à trouver des solutions politiques. Aujourd’hui, les marchés, à savoir les grandes institutions bancaires et les fonds d’investissement pèsent plus lourd que les bulletins de vote des citoyens de toutes les démocraties ! Cette situation moralement condamnable est d’abord politiquement inacceptable. Il en est de même lorsque au nom de la seule rentabilité financière, des entreprises ferment leurs établissements, se séparent de leurs salariés et laissent à la collectivité le soin de leur procurer assistance, tout cela sans que le pouvoir politique, à savoir, les gouvernements ou les régions, puissent efficacement s’y opposer. La souveraineté des Etats démocratiques semble s’effacer au profit de l’argent et de ses détenteurs. Faudra-t-il un jour que des Etats sortent de la « légalité » en refusant d’honorer leurs dettes pour qu’ils puissent faire prévaloir le droit de leurs citoyens à déterminer leur avenir ? Faudra-t-il refaire aux grandes banques et aux fonds d’investissement le « coup » des emprunts russes pour déstabiliser cette force opaque de l’argent qui, faut-il le souligner, est par essence anti- démocratique, ne tirant sa puissance que du rapport de forces le plus primaire qui soit, la possession.

 

Peut-on « voter » contre les banques ?

 

N’en déplaise au client de Marcel, le pouvoir financier n’a pas besoin qu’on vote pour lui puisqu’il n’a pas besoin d’être élu. Brève de comptoir ou brève de guichet, tout cela n’empêchera pas le monde financier de continuer à tourner aussi rond qu’une aiguille dans une montre suisse. Si le pouvoir politique est impuissant face au règne de la finance, tel que les règles en vigueur lui permettent de proclamer sa légitimité, il ne reste que bien peu de moyens aux citoyens de faire en sorte que leurs bulletins de vote aient plus de poids que les extraits de compte de leurs livrets A…

 

Alors, rêvons un peu…

 

On pourrait imaginer qu’en Europe, au moins, les gouvernements se mettent d’accord pour interdire aux banques dites commerciales, d’avoir la moindre activité dans ce qu’il est convenu d’appeler la banque d’affaires, ni elles-mêmes, ni aucune de leurs filiales. On pourrait aussi imaginer des règles de gestion empêchant les entreprises d’opérer sur les marchés dans des proportions qui risquent de les fragiliser exagérément en cas de crise financière. On pourrait peut être aussi créer dans chaque pays une Banque sous contrôle public dont l’activité ne consisterait qu’à recevoir les dépôts des particuliers et des entreprises et qui octroierait des crédits aux particuliers et aux entreprises, à l’exclusion de toute activité de marché… L’idée n’est pas nouvelle puisque c’est le fondement même de l’activité bancaire ! Cet organisme pourrait ainsi assurer à ses clients la sécurité de ses dépôts  puisqu’il serait à l’abri des soubresauts erratiques des marchés financiers… Autre avantage, une banque de ce type recueillerait certainement une bonne part des dépôts des citoyens ordinaires qui n’entendent pas que des traders aux mâchoires indécentes s’enrichissent cyniquement en jouant avec leur argent… Ce pourrait être aussi un moyen d’assécher un peu les banques d’affaires qui ne pourraient plus compter sur les ressources bon marché de déposants impuissants face à la voracité des actionnaires… et puis, la déconfiture d’une banque d’affaires ne serait plus une affaire d’Etat mais seulement un épisode malheureux pour des clients qui auraient été conscients des risques liés à ces activités…

 

 

« On ferme !

-         Excuses moi, Marcel, je m’étais assoupi… au fait, monsieur, quand vous avez voté en réglant vos comptes ce matin, puisque c’est le jour des élections régionales, vous avez au moins « voté » pour des Banques françaises régionales ?

-         Et bien non, monsieur, moi j’ai voté pour HSBC, Barclays et Goldman Sachs… des candidats de la diversité, en somme… »

 

 

dr

 

 

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