humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
La désaffection des bureaux de vote à l’occasion du premier tour des élections régionales ne grandit ni la démocratie, ni le personnel politique incapable de mobiliser les électeurs sur les enjeux du scrutin, ni les citoyens que nous sommes et qui n’ont pas été capables non plus de convaincre nos proches, nos enfants, nos amis, de nous rendre aux urnes. Faudra-t-il attendre qu’un apprenti dictateur nous prive un jour d’un droit que nous n’exercerions plus suffisamment pour tuer définitivement la démocratie ? Involontairement sans doute, les abstentionnistes donnent raison à Monsieur Sarkozy qui prétend gouverner l’opinion en s’appuyant sur les centaines de sondages qu’il fait réaliser par les officines de ses amis, et qu’il utilise comme une girouette pour orienter sa communication dans le sens du vent ou du poil qu’il convient de brosser dans le bon sens… Le sondage comme substitut du bulletin de vote, la question n’est pas nouvelle mais l’abstention aux régionales venant après la faible participation aux élections Européennes a de quoi inquiéter.
Tous unis derrière les communicants de l’Elysée, les leaders de l’UMP ont récité au soir du dimanche 14 mars, la leçon laborieusement apprise pendant la semaine précédente. « Le taux d’abstention enlève toute signification politique au vote…, les élections régionales sont un enjeu local et n’ont pas valeur de désaveu de la politique du gouvernement et du Président… nous sommes une majorité unie face à la coalition hétéroclite d’une opposition morcelée… » Tout juste si le chanoine Xavier Bertrand ne prétendait pas avoir gagné l’élection !… N’en déplaise à la droite gouvernementale, l’abstention a au moins une double signification, l’une qui s’adresse à l’ensemble du monde politique, l’autre qui reflète le désenchantement de nombreux électeurs sarkozystes qui comprennent qu’ils ont été bernés par des discours creux, des gesticulations incohérentes et des promesses non tenues, qui mettent en lumière aussi bien le caractère velléitaire de la ligne politique proclamée que l’impuissance de celui qui prétend incarner le pouvoir. Les responsables politiques de gauche ont eux aussi toutes les raisons de prendre au sérieux cette abstention qui à tout le moins, constitue un message parfaitement clair de défiance à l’égard de toute alternative politique à la droite gouvernementale. La gauche se tromperait lourdement si elle prétendait tirer du scrutin régional une sorte de légitimité à diriger les affaires du pays. La désaffection à l’égard de l’UMP est à la fois la conséquence d’erreurs tactiques sur le plan de la stratégie électorale et d ‘erreurs politiques accumulées depuis deux ans. Cela ne signifie pas pour autant que ce qui est enlevé à un camp va se déverser dans l’autre. Le phénomène des vases communicants ne fonctionne pas de cette façon là.
On peut s’interroger sur le fait de savoir si l’abstention correspond seulement à un instant T, à un moment où l’électeur décide de bouder les urnes, ou si cela représente une étape dans le processus de déplacement du vote s’inscrivant traditionnellement dans le cadre des grands partis pour aller vers les extrêmes. Les « affaires », les promesses non tenues et l’impuissance des responsables politiques face à certaines forces financières contribuent à détourner l’électeur des grands partis institutionnels qui ont perdu une part de légitimité. Cela explique pour une part la très bonne tenue de François Bayrou au premier tour de l’élection présidentielle, qui voulait incarner une autre façon de faire de la politique ou plutôt, une autre manière de se positionner sur l’échiquier politique. Le succès grandissant d’Europe Ecologie en est une autre illustration. Il n’y a évidemment rien de choquant dans le fait que des électeurs se soient détournés des partis traditionnels pour rejoindre le MODEM ou Europe Ecologie qui présentent des garanties démocratiques et républicaines ; il en va différemment de l’électeur qui s’installe dans l’abstention et devient incontestablement plus vulnérable au chant des sirènes extrémistes qui demeurent en dehors de la responsabilité politique et fondent leur succès sur le registre protestataire. Le combat contre l’abstention est non seulement une nécessité pour la vie démocratique, mais c’est aussi une exigence pour les citoyens qui refusent les fausses alternatives que peuvent faire miroiter les partisans des extrêmes. Ceux là en effet confèrent au bulletin de vote un rôle tout à fait secondaire et l’Histoire montre qu’ils s’y entendent pour fermer de l’intérieur les isoloirs et empêcher ainsi les citoyens d’y entrer.
Il n’y a pas que les élections régionales, dans la vie : Madame Pujol qui avait été élue Présidente de l’UMIH, syndicat de patrons de l’Hôtellerie et de la restauration, s’est vue retirer son mandat dans des conditions qu’elle conteste. Ses adversaires ont voulu alors lui interdire l’accès à son bureau de présidente (ex présidente ?), ce qu’elle a refusé en continuant à l’occuper jour et nuit. Face à cette obstination, les nouveaux patrons du syndicat ont utilisé ce qui doit sans doute être considéré comme l’arme fatale dans le milieu de la restauration, à savoir, la privation de wc ! Madame Pujol a ainsi constaté que des verrous avaient été posés pour lui interdire l’accès des toilettes ! Difficile de ne pas sourire devant les aspects ridicules de ces querelles intestines. Le fond de l’affaire est cependant mois amusant : apparemment, l’origine du conflit tient au fait que ses adversaires reprochent à Madame Pujol de ne pas avoir su bien communiquer pour défendre la profession après que celle ci ait bénéficié de la réduction de son taux de TVA en s’abstenant de tenir ses promesses, à savoir, quasiment pas de baisse des prix pour les consommateurs, pas d’embauches de personnel supplémentaire, augmentations salariales réduites au minimum… Sans nous immiscer dans le passionnant débat au sein de l’UMIH, force est de constater que le profil bas était sans doute la moins mauvaise communication à faire.
En tout cas, on ne pourra que se réjouir que pour le petit homme politique qui nous gouverne à coup de cadeaux fiscaux et de clientélisme, la note salée présentée par les électeurs le 21 mars soit réellement indigeste.
dr