humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Le grand soir est arrivé ! C’était hier et c’était pour l’US Quevilly, club de foot amateur qui, après avoir éliminé plusieurs équipes professionnelles se retrouvera en finale de la coupe de France ! Evènement considérable qui relègue loin dans nos journaux la suite du feuilleton de l’élection Présidentielle ! On peut d’ailleurs imaginer que quelques prétendants seront bien tentés de récupérer à leur profit les exploits du petit club amateur : à commencer par François Hollande qui, natif de Rouen, doit se considérer comme le régional de l’étape ou l’enfant du pays ; Eva Joly peut aussi légitimement faire valoir qu’elle a des racines Vikings communes avec le club normand ; Philippe Poutou va également nous dire que l’amateur peut triompher du professionnel, dans le foot comme dans la politique ; Jean Luc Mélenronchon fera remarquer que le premier but de Quevilly a été marqué du pied gauche ; Marine Le Pen observera avec l’objectivité qui lui est propre que 1250 électeurs s’étaient prononcés pour son père au Petit Quevilly lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2007 et établira un rapport saisissant entre ce chiffre et le nombre de joueurs de couleur de l’équipe de foot ; François Bayrou nous dira qu’il s’est trouvé une certaine ressemblance avec l’arbitre de la rencontre et tout particulièrement à la 64ème minute du match, lorsque Quevilly a égalisé et que l’arbitre a déclaré 1-1 partout, balle au centre ! Quant à Nicolas Sarkozy, il sera évidemment tenté de comparer l’équipe de petite taille avec sa modeste personne…
La récupération à des fins politiciennes a été omniprésente durant la campagne de notre candidat Président, comme elle a été une constante du quinquennat qui heureusement, va bientôt s’achever. Le Président du fait divers tire en ce moment ses dernières cartouches en proclamant que si François Hollande est élu, ce sera une catastrophe économique, les spéculateurs tireront à vue sur la France qui du jour au lendemain, se trouvera dans la position de la Grèce ou de l’Espagne aujourd’hui… L’argumentation est doublement stupide : d’une part parce qu’elle induit en creux que les électeurs français doivent voter comme le souhaitent les agences de notation, les Banques et les spéculateurs, s’ils veulent éviter ce soi-disant scénario catastrophe ; d’autre part, parce qu’à moins d’être un imbécile, on comprend que si la France est à ce point vulnérable, la responsabilité n’en incombe pas à la gauche mais plutôt à ceux qui ont en charge la gestion du pays depuis 10 ans. Faute d’avoir le courage de présenter un bilan de son action, faute de pouvoir s’engager sur un véritable programme, Nicolas Sarkozy joue sur la peur (insécurité, risque économique) et se contente de multiplier des promesses dont on a vu ces cinq dernières années qu’il n’avait cure de les tenir. Notre candidat Président est un homme de promesses, pas un homme d’engagement. A ce propos, l’une de ses dernières promesses a du faire rire jaune quelques retraités lorsque le petit candidat a claironné fièrement que s’il était élu, le versement de la pension de vieillesse mensuelle serait avancé de 8 jours ! Si Coluche était encore des nôtres, il aurait fait observer qu’à partir du moment où le montant de la pension ne change pas, s’il est vrai que les vieux seront « riches » 8 jours plus tôt en début de mois, ils seront pauvres une semaine plus tôt en fin de mois ! Et il aurait ajouté qu’il ne faut pas prendre les vieux que pour des cons, même quand ils votent en général plutôt à droite !
Le chantage à la peur de l’avenir économique, de l’afflux des immigrés, de l’insécurité, ce sont toujours les mêmes gros sabots que chausse l’ancien petit maire de Neuilly et même avec des talonnettes, des gros sabots restent des gros sabots !
Après les gros sabots de Nicolas Sarkozy, on se rend compte que notre François Bayrou ne fait pas non plus toujours dans la dentelle et serait même parfois, plutôt adepte des grosses ficelles ! En tous cas, son acharnement à défendre la reconnaissance du « vote blanc », (question évidemment bien plus fondamentale que l’économie qui stagne, le chômage croissant, l’absence d’une politique des banlieues, le droit au logement…) nous paraît relever de la petite tactique politique : François Bayrou qui n’est pas un imbécile sait qu’il ne sera pas présent au deuxième tour de l’élection et ne fait ainsi que préparer son appel à voter « blanc » le 6 mai : 1-1 partout, balle au centre et je suis l’arbitre ! Tactique qui vise une double finalité à savoir, effectivement, tenter de jouer un rôle d’arbitre en négociant des avancées pour son camp de la part du futur vainqueur ; et par ailleurs, récupérer en sa faveur le total des votes blancs qui seront enregistrés au deuxième tour ; Tout cela est de bonne guerre, dira-t-on, mais pas certain que les électeurs le suivent…
A propos de récupération, Raymond Aubrac nous a quittés et chacun y est allé de son hommage. Par bonheur, il restera présent dans nos mémoires. On dira ici simplement que lui, c’était un homme d’engagement, et que le bulletin de vote qu’il avait préparé pour le 22 avril et le 6 mai prochains n’était pas de couleur blanche.
dr