humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
1er avril 2012
Prière ouverte à Madame Thémis
Chère Madame Thémis,
Oui, je sais nous sommes le premier avril mais je ne vous infligerai pas de poisson du jour. D’ordinaire, on n’interpelle pas les divinités comme je le fais aujourd’hui de façon un peu cavalière ; On ne commence pas une prière par « cher Monsieur Jésus, cher Monsieur Mahomet, cher Monsieur Vishnou… » Tout le monde sait ça depuis toujours ! Et depuis toujours, on continue à s’étriper joyeusement aux quatre coins de la planète au nom de religions qui, depuis les origines de l’humanité en passant par les croisades et le jihad, confisquent les dieux pour désigner l’étranger, l’autre, le rejeter pour mieux asseoir la domination d’un individu ou d’un groupe sur ses pairs. C’est notamment pour ces raisons qu’à « la hune », on se sent souvent d’humeur à bouffer du curé, du rabbin, de l’imam, du pope, bref, ceux qui se prennent pour des bergers et qui ont tendance à considérer les autres comme un troupeau. Alors, me direz vous chère Madame Thémis, pourquoi les laïcards de « la hune » se mettraient-ils soudainement à se mettre à genoux pour implorer la mansuétude d’une pauvre déesse grecque tombée aujourd’hui aux oubliettes ? Thémis, déesse de la Justice dans la mythologie grecque, qui épousa Zeus et fut sa conseillère, sorte de Carlita avant l’heure, sauf que lorsqu’elle se promenait en tenant Hermès par la main, ce n’était pas un vulgaire sac de cuir mais l’enfant adultérin de Zeus, promu par la suite dieu de l’invention.
Mais tous ces rappels nous éloignent de mon sujet, chère Madame Thémis. En vous adressant cette modeste prière, je fais aujourd’hui exceptionnellement une entorse à la laïcité proclamée de « la hune » et j’espère bien que vous n’irez pas le crier sur les toits et que nos lecteurs n’en sauront rien ! L’objet est le suivant : Vous ne le savez peut être pas mais en France, nous sommes gouvernés encore pendant quelques jours par un petit homme appelé Sarkozy, (étymologiquement du grec ancien σαρκός, sarkos, génitif de σάρξ, sarx, « chair, corps »). Il s’avère que de par son statut de Président de la République, il dispose d’une immunité totale devant la justice, et ce, y compris pour les actes qu’il aurait pu commettre avant de devenir Président. Il est tout à fait possible qu’il n’ait jamais accompli d’actes délictueux mais ce qui est gênant en France, c’est qu’aucun juge ne peut l’entendre dans le cadre d’une enquête tant qu’il est Président de la République et protégé ainsi par l’immunité que lui confère son statut. Vous voyez où je veux en venir, ma chère Thémis ! Notre petit « σαρκός » (vous voyez que je progresse dans votre langue !) pourrait avoir des choses à dire à la justice au sujet du financement des campagnes des élections présidentielles de 1995 et 2007 et le pauvre NE LE PEUT PAS, bâillonné par son statut qui l’oblige à demeurer muet comme une carpe, même en ce jour de premier avril. Il ne pourra s’exprimer que lorsqu’il sera délivré de sa prison élyséenne, sinon, il faudra attendre encore des années et vous savez bien qu’avec le temps, avec l’âge, la mémoire peut faire défaut. On sait maintenant quels ravages fait l’agnosie dans les rangs des anciens responsables politiques…
Alors, chère Madame Thémis, faites en sorte que le petit Nicos Sarcos puisse enfin parler à partir du 6 mai prochain. Je ne vous demande pas un miracle mais seulement que la Justice puisse être respectée : dans les affaires précitées, bien entendu, mais aussi dans tous les autres domaines où le mot justice a un sens, justice sociale, justice fiscale, justice au travail entre hommes et femmes… Oui, le chantier est immense mais il faut bien le commencer et le plus tôt sera le mieux…
Et compte tenu de la situation, des programmes des candidats, des intentions de vote manifestées aujourd’hui par les électeurs, vous savez bien, Madame Thémis, qu’il n’y a pas beaucoup de chances pour que le petit « σαρκός » puisse être battu au second tour de l’élection par un autre que François Hollande ; On a quelques raisons de fustiger l’idée du « vote utile » qui empêche l’expression des opinions au premier tour, mais c’est ce système électoral qu’il faudra modifier. Pour l’heure, il faut faire avec ce que l’on a et chacun doit se positionner en fonction de ses priorités : On a vu en 2002 avec la défaite de Lionel Jospin que se tromper sur des priorités « de gauche » pouvait amener la droite à vaincre dans un fauteuil.
Et si certains de vos fidèles ont encore un doute, chère Madame Thémis, qu’ils pensent à ce que 5 années de Sarkozie supplémentaires pourraient nous apporter… combien de chômeurs en plus ? combien de roms pourchassés ? combien de pouvoir d’achat en moins ? combien de services publics démantelés, de classes en moins, de lits d’hôpitaux supprimés, ? Combien de détenus vivant dans des prisons surpeuplées ? combien de sdf en plus? etc…etc…
Il suffit de reprendre la plupart des promesses de 2007 du candidat Sarkos et de les comparer avec les résultats obtenus. S’il vous plait, Madame Thémis, aidez-nous, je vous en prie !
dr
PS : Qu’il soit bien entendu, Madame Thémis, que cette entorse à la laïcité à laquelle nous nous livrons aujourd’hui ne saurait constituer un précédent ! Dès demain, s’il le faut, « la hune » retrouvera son appétit pour bouffer du moine, de l’ayatollah, du bonze, du gourou, bref, tout ce qui paraît comestible pour un citoyen normal ayant seulement faim de justice et de liberté.
PS2 : Comme vous n’êtes pas sur Facebook, j’adresse ma prière au Syndicat de la magistrature qui trouvera bien le moyen de vous en faire part !