humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Baden Powell, l’inventeur du scoutisme moderne ( !) pratiquait assez fréquemment l’école buissonnière, si l’on en croit Wikipédia. Déserter l’école pour s’offrir un espace de liberté, qui aurait pu lui jeter la pierre ? On ne jettera pas non plus de petits cailloux sur un Président qui a fait l’Elysée buissonnier, cela ne nous regarde pas, selon une formule consacrée. Cela étant, la devise « scout, toujours prêt » chère au vieux Baden a été quelque peu détournée ces derniers temps…
Scoot toujours prêt !... Le scooter était prêt, le casque aussi et le Président normal s’est offert une petite virée dans Paris, accompagné discrètement par un service de sécurité allégé. Quelques ténors politiques comme Copé ou Mélenronchon ont bien essayé de surfer sur une vague qu’il pensait porteuse en raison de la cote désastreuse de François Hollande dans l’opinion mais manque de chance pour eux, ladite opinion estime très majoritairement que tout cela est de l’ordre de la vie privée, et qu’il est donc malséant d’en faire des choux gras…
Cela étant, cet incident de scooter n’en appelle pas moins quelques observations : Certes, le responsable politique a le droit d’avoir une vie privée qui doit être respectée par tous, à commencer par les médias. Cependant, le marketing politique qui s’est développé depuis 30 ans et qui ne cesse de s’appuyer sur la fabrication d’images artificielles de responsables, de mises en scènes des évènements, de création de rôles étiquetés bons ou méchants, bref, de superficialité, ce marketing impose à ceux qui se jettent dans la lumière des projecteurs médiatiques de protéger leur part d’ombre avec les moyens appropriés. Le Président a droit à sa vie privée mais parce qu’il est Président et qu’il est en pleine lumière, il a l’obligation de résultat et non de moyens de protéger cette vie privée. A lui de se débrouiller pour y parvenir ; Si ce n’est le cas, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Un Président est un homme comme un autre, peut-être, mais il porte deux images dès qu’il apparaît en public : la sienne et celle de sa fonction. Le public-lecteur-citoyen-électeur ne va pas opérer un tri des images qu’il reçoit. Si d’aventures, l’été prochain, François Hollande envisageait de se rendre incognito sur une plage naturiste à Montalivet ou Pen Bron, personne ne s’en offusquera du moment qu’il trouve le déguisement qui convient. A ce titre, « la hune » lui déconseille de porter son casque de scooter qui risque de le rendre un peu trop identifiable !
Plus sérieusement, dans un monde politique et médiatique où le désintéressement n’est pas la première vertu, la protection de la vie privée nécessite la mise en œuvre des moyens proportionnés au risque encouru. Encore plus sérieusement, que cela serve de leçon à tout ce personnel politique qui parfois, et par pure démagogie, exhibe complaisamment ce qui devrait demeurer dans l’intimité familiale. On ne peut pas jouer sur tous les tableaux et on a dans ces colonnes suffisamment fustigé l’exhibitionnisme Sarkozien pour n’avoir aucune compassion pour un Président qui n’a pas su être assez discret.
Scoop toujours prêt : Water « Closer » est un journal de cabinet, pour demeurer dans les limites d’une correction que ce torchon ne mérite pas. Qui plus est, comme toute la presse écrite, il reçoit des subventions de la part de l’Etat (400 000 €uros environ). Bien entendu, cela me fait mal au portefeuille de penser qu’une partie de mes impôts va aller dans l’escarcelle de cette publication pour matière grise nécessiteuse mais la démocratie a ses propres inconvénients, parfois. La démocratie exige qu’une presse libre puisse exister et il est normal que les pouvoirs publics y apportent une contribution. Par ailleurs, le montant des subventions accordées ne doit évidemment pas dépendre du contenu du journal sinon, on entre dans un système de censure. Conclusion, Water Closer a le droit de vivre, de recevoir des subventions et d’avoir des lecteurs intellectuellement indigents. Cela étant, qu’a donc été faire le reste de la presse dans cette galère nauséabonde ? Seul, le journal « La Croix » s’est refusé à évoquer l’affaire dans ses colonnes et il faut lui reconnaître qu’il a été l’honneur de la presse durant cette période. Les autres auraient pu tout aussi bien avoir la même éthique, celle qui avait prévalu en des circonstances similaires touchant la vie privée d’hommes publics. Mais non, à l’exception de « la Croix », la presse écrite, parlée et télévisée a rompu une digue de plus en sacrifiant au scoop pour certains, ou en emboitant le pas des autres médias, soit pour vendre du papier, soit pour ne pas apparaître en décalage avec l’air du temps, fut-il irrespirable. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’un fait de la vie privée du Président revêt un caractère politique dès qu’il devient public ; l’excuse est trop facile et surtout, elle permet de s’affranchir de l’éthique dès lors qu’un « confrère » comme Walter Closer a commencé à rendre ledit fait public. Dans cette affaire, la majorité de la presse a fait preuve d’un suivisme qui n’est pas à son honneur. Un organe de presse digne de ce nom doit, de temps à autre, être capable de renoncer au scoop, de réaffirmer ses choix éthiques sans hésiter à égratigner les moutons noirs de la profession.
A l’heure où une enquête IPSOS vient de révéler les « nouvelles fractures de la France », et notamment, le manque criant de confiance des citoyens vis à vis du personnel politique et de la presse, il y a urgence pour ceux qui ont pour mission de diriger le pays et d’éclairer l’opinion de retrouver une véritable éthique.
dr