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humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!

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Somewhere, de (et à cause de) Sofia Coppola.

 Modeste circuit automobile en plein désert. Pas de tribune, pas de virage relevé. On ne voit pas les virages. Juste la ligne droite devant nous, au premier plan, et la ligne droite opposée, en arrière plan. La platitude du plat.

Plan séquence : la Ferrari noire tourne. Premier passage. Elle sort de l’écran par la droite, le bruit du moteur s’estompe.

La Ferrari noire réapparaît sur la ligne droite opposée. La chaleur sur l’asphalte floute l’image.

Au bout de la ligne droite opposée, de nouveau, plus rien. Puis le bruit du moteur nous revient par la gauche, annonçant le retour, quelques secondes plus tard, de la Ferrari noire dans notre champ de vision.

Le premier tour vient d’être bouclé.

Commence le deuxième tour. La Ferrari noire sort de l’écran par la droite, le bruit du moteur s’estompe.

La Ferrari noire réapparaît sur la ligne droite opposée. La chaleur sur l’asphalte floute l’image.

Au bout de la ligne droite opposée, de nouveau, plus rien. Puis le bruit du moteur nous revient par la gauche, annonçant le retour, quelques secondes plus tard, de la Ferrari noire dans notre champ de vision.

 Le deuxième tour vient d'être bouclé.

Puis vient le troisième tour. Sofia insiste.

Et même un quatrième tour. La Ferrari noire a toujours de l'essence dans le réservoir.

Ce n’est qu’à la fin du cinquième tour que la Ferrari noire arrête sa course folle en solitaire , et qu’en descend le pilote : jeans, Doc Martens, chemise de bûcheron débraillée et lunettes de soleil façon Ray Ban.

Fin du plan séquence. Les 4 premières minutes viennent de s’écouler.

Cela s’appelle « installer une atmosphère ».

Et pour installer, Sofia elle installe ! Et ce n’est pas un premier plan fixe de 4 minutes qui va me décourager. C’est gonflé, et d’emblée, ça recueille même mon adhésion. Oui, mais voilà…

Le pilote est en fait un acteur de cinéma adulé, Johnny Marco, qui a ses habitudes et sa suite à l’hôtel du Château Marmont à Los Angeles. On organise des fêtes dans sa suite. Même sans lui. On boit. On baise. On s’ennuie. Lui aussi. Même si, à la moindre de ses apparitions, partout, sur son balcon, dans sa voiture, ou dans sa chambre (là, c’est moins surréaliste) les femmes éprouvent le besoin irrésistible de lui montrer leurs seins, de lui adresser un sourire aguicheur, ou de s’offrir à lui, et parfois par paire. On est libérée et partageuse en Californie.

La fille au volant de son cabriolet qui lui décroche l’œillade N°5 de Chanel, il décide de la suivre. Que va-t-il se passer ? Rien.

Et la voiture noire dont il se sent suivi en permanence. Est-ce que ça va corser le scénario ? Que va-t-il s’en suivre ? Rien.

Une ex qui réapparaît à Milan alors qu’il est venu avec sa petite fille de 11 ans pour recevoir un prix. Ca va lancer l’histoire ? Va-t-on connaître un rebondissement ? Aucun.

Deux bimbo-call-girls expertes du mât de cocagne et convoquées dans sa chambre se trémoussent et ondulent lascivement sur leur appareil. Long plan séquence.

Laquelle des deux va-t-il s’offrir ? Les deux peut-être ? Aucune.

Johnny s’ennuie. Johnny s’endort.

Et puis, Johnny fait des pâtes. Long plan séquence.

Johnny pleure. Long plan séquence.

Johnny roupille sur le bord de la piscine. Long plan séquence.

 

Un nuage passe dans le ciel. Plan fixe… un peu plus court.

Et vous pendant ce temps-là ? Vous jetez un regard vers votre voisin de gauche qui baille, et ça vous rassure.

Un coup d’œil à droite. Celui-ci est mort de rire et dit son désarroi presque à haute voix.

Donc Melle Coppola nous convie à sa psychothérapie. Papa Francis a été très absent quand elle était petite. Il lui a beaucoup manqué, il faut qu’elle le lui dise dans leur langage à eux de cinéastes. Donc elle en fait un film.

Et quand je dis qu’elle « fait » un film, c’est par générosité et par respect pour ses acteurs.

Dans une interview publiée dans le magazine Illimité du circuit UGC, Sofia Coppola nous dit que « il est avant tout question de capter des réalités humaines » et que « il n’était pas question […] de se faire plaisir avec des mouvements de caméra compliqué ». Et la paresse, Sofia, ça se décrit comment ? Et quand les premiers dialogues n’arrivent qu’à la fin du premier quart d’heure, c’est parce qu’on n’avait rien à dire ?

Et pourquoi ce titre énigmatique, Somewhere, puisque vous ne nous emmenez nulle part ?

En conclusion, elle ajoute : « D’une certaine façon, grâce à ce film, maintenant, je sais voler ».

Dans nos portes-monnaie ?

Un moment de poésie quand même : Johnny mime un goûter avec sa fille sous l’eau de la piscine.

Mais comme la scène figure dans la bande-annonce, si on a vu celle-ci, on peut en rester là.

Et retourner voir Apocalypse Now de ce cher papa qui a trop manqué à sa fille.

Pourvu qu'elle n'ait pas eu de rapports douloureux avec sa maman...

 

ML

 

 

 

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