humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Oublions quelques instants que ce film a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes cette année. Et, pour tout dire, les premières minutes de projection pourraient nous faire douter du palmarès. On sent le film à thèse, et on se dit très vite que le Timbuktu d'Abderrahmane Sissako avait plus de souffle. Mais comparaison n'est pas raison, et ce n'est pas parce qu'un film touche à une actualité brûlante qu'il peut nécessairement être comparé à un autre film qui touche à une autre actualité tout aussi brûlante.
" Les Tigres tamoul du Sri Lanka forment l'un des mouvements de guérilla les plus redoutables et les mieux organisés au monde, et ont, en 37 ans de conflit séparatiste, toujours déjoués les pronostics annonçant leur anéantissement" Le Parisien 2 janvier 2009
Les premières images sont celles de petites sections armées en déroute et d'un camp de réfugiés. Changer d'identité pour faire partie des premiers partants. Les familles d'abord. Alors, apprendre par cœur l'histoire de ce combattant mort dont il va hériter du passeport. Chercher un orphelin dont elle sera la mère de circonstance, et, elle aussi, recevoir les papiers d'un mort. "Tu ne lui ressembles pas beaucoup, il faudrait que tu maigrisses" conseille le pourvoyeur.
Finalement ils partent. Sans se connaître. Mais avec le même nom.
Partir où ? Chez sa sœur, en Angleterre. C'est là qu'elle veut aller. "La petite, tu t'en débrouilles". Deephan n'est pas là pour assumer cette fausse paternité. France, terre d'asile, ou de transit. C'est selon. Arrivés en France, il faut trouver du boulot. Mais c'est quelle France ici ? Dans la cité, nettoyer est devenu une gageure. Les guetteurs occupent les cages d'escaliers. Tu nettoieras quand ils auront terminé leur petit trafic. Mais il va nettoyer, Deephan, jusqu'au bout !
Se reconstruire une identité, s'inventer une famille, souvent ce sont les autres qui les obligent à faire comme si. Le début d'une humanité va venir de l'enfant. L'école c'est quitter ses "parents". C'est aussi une peur de plus, pas comme les autres celle-ci, une peur d'ici, où l'on n'a pas de repères. Sauf les deux adultes.
Dormir sous le même toit. Mais on se connaît si peu. Un homme et une femme avec une petite fille, et sans chabada-bada…
Audiard fils ne nous a pas habitués à des sujets très éthérés.
De rouille et d'os : un mec à la dérive rencontre une dresseuse d'orque qui vient de se faire arracher la jambe. L'amour avec l'infirmité.
Un prophète : un petit voyou va devenir grand au contact d'un parrain de prison. Arrachage de la langue d'un co-détenu.
De battre mon cœur s'est arrêté, Sur mes lèvres, Regarde les hommes tomber, toujours des situations dans lesquels les individus se débattent, comme ils peuvent, avec leurs pauvres armes. Idem avec Deephan, mais cette fois, Audiard se fait peintre, avec des angles de prises de vue raffinés pour décrire l'intimité naissante, et avec des couleurs chaudes qui rappellent le pays d'où viennent les gens. Il y a même de la douceur. Parfois.
Alors palme ou pas palme, c'est égal, on peut aller voir Deephan et en apprendre encore sur le parcours de ces migrants. Deephan, film social, polar, road movie, on peut y voir de tout. Mais par-dessus tout, c'est du cinéma. Et du bon. Servi par des acteurs qui nous touchent.
ML
La bande annonce ici : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19555244&cfilm=232070.html