humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Tocqueville avait écrit en son temps « De la démocratie en Amérique », œuvre qui est à la science politique ce que pourrait être une bouteille de Romanée Conti 1966 pour tout œnologue qui se respecte. Force est de constater que notre démocratie aurait peut-être un « petit coup dans l’aile » lorsque l’on regarde les assauts de démagogie, voire de populisme obscène qui parsèment les élections en Amérique, le référendum sur le Brexit en Grande Bretagne jusqu’aux « primaires » de droite comme de gauche en France, en passant évidemment par les primates hors primaires que sont Le Pen et Mélenchon.
Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’écris pas : Je ne mets pas tous les candidats dans un même panier. J’ai voté à la primaire de droite pour contribuer à l’élimination de Sarkozy, je n’ai pas réussi à éliminer Fillon, je vote à la primaire de gauche, simplement parce que je crois qu’une gauche de gouvernement, cela peut contribuer à améliorer notre cadre de vie, nos libertés, les relations entre les salariés et les entreprises, les services publics, l’accès à l’éducation… La gauche de gouvernement ne fait pas assez, ne fait pas assez bien, certes, mais mise au pied du mur, elle travaille et ne se contente pas d’incantations,…, elle !
Mais quand même, si l’on excepte les débats entre finalistes de droite comme de gauche qui ont eu plus de tenue que les précédents, quel gâchis démocratique ! On se rend compte avec la primaire de droite que Fillon n’a pas été désigné sur un programme qu’ignoraient largement ses électeurs et qui n’a été découvert que tardivement. On se rend compte que la désignation de Fillon n’a été finalement que la conséquence du lâchage de Sarkozy par une droite qui a trouvé en lui, le candidat de remplacement pour contrer un Juppé qu’elle ne trouvait pas assez revanchard vis-à-vis de la gauche et du centre. Fillon a vendu son programme comme un produit marketing, emballé dans le loden vert du XVI ème arrondissement, dans la naphtaline ressortie des placards de l’après-guerre et d’un catholicisme moralisateur en direction électorale des partisans de la manif pour tous. La primaire de droite n’a pas été un exemple d’exercice démocratique mais simplement de marketing électoraliste. Je n’ai pas plus de bienveillance sur le fond des débats de la primaire de gauche dont l’Europe a été la grande absente alors que ce doit être notre préoccupation essentielle ; Je n’ai pas plus apprécié que Benoît Hamon sorte de son chapeau un produit miracle appelé « revenu universel » dont nul ne connait ni la composition ni le prix, et qui au fond, ne sert que d’habillage marketing pour sa candidature.
On se rend compte, en constatant avec effarement les changements brutaux et imprévisibles de l’opinion sur les candidats, l’engouement suivi du lynchage en quelques semaines, les slogans qui prennent le pas sur les idées, les illusions qui tiennent lieu de programmes, on se rend compte que l’élection du Président de la République au suffrage universel est devenue, avec la médiatisation extrême qui l’entoure, beaucoup plus un spectacle que le moment grave du choix d’un destin collectif. Dans cet exercice, ce sont évidemment les bateleurs qui prennent l’avantage et ceux qui les applaudissent aujourd’hui pensent naïvement qu’ils pourront dès demain changer d’amuseur si le spectacle ne leur plait plus. C’est d’abord pour cela que Le Pen et Mélenchon sont dangereux : une fois installés sur la scène, il sera très difficile de les en faire descendre. Mais en dehors de ces deux-là, ceux qui aujourd’hui envisagent de diriger la France, seraient bien inspirés de refuser le spectacle navrant de la démagogie, de l’utopie présentée comme une espérance alors qu’elle n’est qu’illusion, et qui risque de précipiter les déçus dans les bras (ou les tenailles) des prétendants les plus arrogants, les plus populistes, les plus anti européens auxquels je n’accorderai jamais le droit de diriger le pays, ce pays qui mérite tellement mieux.
dr