humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
L’actualité du 20 heures de France2 du lundi 30 novembre a traité de 3 sujets dont le mélange pourrait revêtir un caractère un tantinet explosif, même si telle n’était sans doute pas l’intention de la rédaction…
Scène 1 : Accord minimaliste entre patronat et syndicats (minoritaires) dans le secteur de la restauration. Non seulement, les restaurateurs qui ont bénéficié d’un allègement de TVA substantiel n’ont que très peu transformé l’essai auprès des consommateurs, non seulement, ils n’ont pratiquement pas embauché, mais ils n’entendent ne donner que des miettes à leurs salariés dont on sait qu’il s’agit d’un personnel travaillant dans des conditions difficiles et payé seulement un peu plus que le SMIC. Il s’est bien trouvé quelques sénateurs pour tenter de les rappeler à l’ordre mais la majorité de leurs collègues est bien vite revenu dans le droit chemin du clientélisme électoral ! Pas plus qu’on ne touche au bouclier fiscal, on ne remet en cause l’allègement de la TVA alors qu’aucun des buts de cette mesure n’a été atteint. C’est la démonstration évidente que ces buts étaient un trompe l’œil et que la finalité réelle était de tenter de s’attirer les bonnes grâces des petits patrons de restaurants pour un renvoi d’ascenseur électoral. Comme pour le bouclier fiscal, peu importe que le but socio-économique affiché soit ou non atteint, l’essentiel est que la finalité électorale de la cuisine du même nom le soit. Dont acte et bon appétit, messieurs.
Scène 2 : Remous à EDF en raison des exigences salariales du nouveau Président, Henri Proglio. Ce dernier qui trouvait à juste titre que la soupe était bonne à Véolia a voulu gagner à EDF autant de patates ! On ne trouverait pas trop à redire à cela tant il est vrai que chacun d’entre nous a le souhait de conserver ses droits acquis. Cela oblige cependant à se poser la question de ce qui justifie le montant d’un salaire de dirigeant d’entreprise ou de cadres dirigeants. Plusieurs composantes entrent en jeu sans que la valeur de l’heureux bénéficiaire entrent en jeu (disons même sa valeur ajoutée). Le montant du salaire va dépendre de la hiérarchie des rémunérations à l’intérieur de l’entreprise, des salaires pratiqués par la concurrence, par des entreprises hors concurrence mais au chiffre d’affaires ou à la capacité bénéficiaire comparable… bref des facteurs étrangers à la valeur du cadre dirigeant. En l’occurrence, quelle que soit la valeur d’Henri Proglio, ce dernier a fait prévaloir l’argumentation de ses droits acquis sur toute autre, ne prenant pas en compte le fait que l’entreprise qu’il va diriger est un service public dans lequel la notion d’intérêt général a un sens. Ce qui est réellement navrant, c’est que le premier ministre F. Fillon ait purement et simplement repris la même argumentation pour justifier la rémunération du nouveau Président d’EDF. On attend autre chose du discours d’un chef de gouvernement dont c’est un des rôles principaux de défendre l’intérêt général via l’administration et les services publics. Ce discours tombe d’autant plus mal qu’il vient après d’autres interventions d’un style tout à fait différent sur la moralisation du capitalisme et autres futilités… Les Banquiers et les traders peuvent dormir tranquilles, ils peuvent compter sur un nouveau défenseur des droits salariaux acquis alors qu’il en était le pourfendeur en bien d’autres circonstances. Quoi qu’il en soit, bon appétit, Henri, et bon courage pour les prochaines négociations salariales au sein d’EDF. Il est peut être encore temps d’échanger la soupe à l’oseille et ses deux millions de patates annuelles par de la potion magique ! mais à qui demander la recette ?
Scène 3 : Toujours des patates mais celles ci nous sont présentées par un bénévole des restos du cœur qui fait part de son inquiétude face à la demande croissante de bénéficiaires des restos. « Deux patates par personne, pas plus… c’est poireau ou carottes mais pas les deux… » On ne va pas épiloguer mais ces bénévoles donnent du temps et de l’énergie pour pas un centime pour être au plus près de la réalité de la pauvreté et de l’angoisse des bénéficiaires de l’aide alimentaire. Quand on met côte à côte les petits restaurateurs et leurs petits intérêts, les défenseurs des gros intérêts d’Henri Proglio et le désintéressement des bénévoles qui travaillent pour des exclus (sans intérêt électoral doit-on juger quelque part), l’indécence saute aux yeux. Certaines soupes donnent envie de vomir.
Et quand on se reprend, on se dit que le plus écoeurant, c’est que les restos du cœur sont devenus une institution, un service permanent qui répond à une demande de plus en plus importante. Fondé pour soulager un peu de misère il y a 25 ans, ils ont grandi en même temps que la pauvreté au point. Le provisoire voulu provisoire par les fondateurs devient permanent. Le pays s’accommode de l’institutionnalisation de la pauvreté et on préfèrerait que nos gouvernants passent moins de temps à discutailler du salaire d’un PDG et consacrent plus d’énergie à s’attaquer à de vraies questions d’intérêt général.
Mais c’est sans doute plus confortable de déléguer ces questions à des associations et à leurs bénévoles. Entre pauvres, on se comprend tellement mieux !
dr