humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Côte d’Ivoire – ce que les mots veulent dire ….
… et tout ce qu’on ne sait pas !
Autant le dire tout de suite afin de lever toute ambiguïté : je ne suis pas Ivoirien, et je n’ai aucun intérêt personnel de quelque nature que ce soit sur le territoire de la Côte d’Ivoire.
Mais il se trouve que je connais un certain nombre d’ivoiriens pour les fréquenter régulièrement, et, pour certains d’entre eux, d’une façon familiale.
Cette proximité m’a donné l’occasion de donner libre cours à ma curiosité en interrogeant les uns et les autres , en me faisant expliquer les faits historiques, tout en conservant intact mon esprit critique et mon libre-arbitre.
Le moins que l’on puisse dire, précisément en parlant de libre-arbitre, c’est que se faire une opinion sur la crise politique que traverse la Côte d’Ivoire relève d’un exercice aussi ardu que la mission qui consisterait à définir le sexe des anges, tant est complexe l’histoire de ce pays, comme l’est celle de l’Afrique et du tracé de ses frontières en général. Frontières définies à l’équerre et à la hache par le colon, sans connaissance précise des enjeux ethniques, linguistiques, religieux et historiques, et sans souci majeur des conséquences de toutes natures sur lesquelles ses décisions déboucheraient ultérieurement.
Il ne s’agit pas ici de développer davantage que ne l’ont déjà fait nombre de publications qui révèlent l’inconséquence des politiques menées aux époques successives de la colonisation et de la décolonisation.
Il ne s’agit pas davantage de spéculer sur le devenir d’un pays en proie à la perte de ses repères , à la difficulté d’identifier des leaders sincères, et à l’apprentissage chaotique d’une démocratie à laquelle trop d’intervenants voudraient donner des recettes, pour ne pas dire des leçons.
Et c’est bien de cela qu’il s’agit.
Qui, en effet, prétend représenter « la communauté internationale » ? Que recouvre ce terme ?
Est-ce la CEI (Commission Electorale Indépendante des Nations Unies) dont le discutable représentant coréen a validé des résultats de scrutin amputés, qui auraient mérité à eux seuls qu’on remette les compteurs à zéro, quitte à convoquer de nouvelles élections, cette fois-ci avec un engagement de l’ONU un peu plus efficient ?
Est-ce la CEE ? Est-ce Barack Obama ? Est-ce la presse occidentale ? Est-ce Nicolas Sarkozy, en voyage en Inde, qui, à l’encontre de toute diplomatie classique qui interdit qu’on commente de l’étranger une affaire intérieure du pays, et, a fortiori d’un autre pays que le sien, se pique de donner des ordres à Laurent Gbagbo : « il doit partir ! »,
et même de proférer des menaces : «… avant la fin de cette semaine ». Sinon quoi ?
Bien évidemment, aucun de ces intervenants ne peut prétendre incarner « la communauté internationale » !
Alors on fait sonner du clairon la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) aux ordres d’un Occident qui a su négocier des contrats sur les matières premières et sur les équipement des pays membres.
Tous ces soubresauts nous sont brièvement commentés à la télévision, lors de la grand-messe du 20 heures, sans analyse.
Mais que connaît-on de la position de la Chine, de la Russie, du Brésil sur cette douloureuse question ivoirienne ? Quel journaliste est allé voir ce qu’on en disait dans ces régions qui, pour être reculées n’en sont pas moins reconnues depuis quelques années comme de véritables puissances, même si ce n’est que du bout des lèvres ?
Mais quelle analyse nous est proposée de la personnalité de Mr Ouattara qui, Premier Ministre de l’époque, s’était, à la télévision ivoirienne proclamé successeur du Président de la République Felix Houphoueït-Boigny à la mort de celui-ci, en 1993 , oubliant tout simplement que la Constitution du pays, prévoyait que c’était au Président de l’Assemblée Nationale, Mr Konan Bédié, que revenait cette fonction intérimaire , dans l’attente de nouvelles élections ? Il avait fallu le contrer, le ramener dans les rangs, et « inventer » maladroitement ce concept d’ivoirité pour l’écarter de futures élections, puisqu’il avait un passeport burkinabé.
Silence radio ! Mais silence télé tout autant ! On préfère rappeler que le « président élu » fut le N°2 du FMI. Bon élève !
En Occident, quand on prépare un mauvais coup, il faut aussi préparer les esprits : une bonne tisane soporifique brièvement administrée tous les soirs fera l’affaire. Parlons de la neige et autres intempéries pour occuper le bon peuple, et agissons discrètement, en sous-main, comme on sait le faire. Et en-avant pour l’Irak, l’Afghanistan, et pourquoi pas, demain, pour la Côte d’Ivoire.
Laurent Gbagbo n’est sûrement pas un ange. Mais, dans la confusion électorale que vient de connaître la Côte d’Ivoire, avec des exactions constatées dans nombre de bureaux de vote, que ce soit au Nord, fief de Mr Ouattara, ou que ce soit au Sud et dans la capitale Abidjan, fidèle majoritairement à Mr Gbagbo, qui peut affirmer comment les ivoiriens se sont prononcés majoritairement ?
Doit-on rappeler que les votes des ivoiriens de France et d’Italie, pour ne citer que ces deux pays, n’ont pas été pris en compte en raison des troubles constatés dans les bureaux de vote de leurs ambassades ?
Alors, pourquoi désigner Laurent Gbagbo comme « président auto-proclamé » ? Pourquoi, dans cette confusion, ne pas être un peu plus regardant et parler, par exemple d’un « président sortant ». Pourquoi ne pas inviter la Côte d’Ivoire à réitérer, et cette fois-ci, avec des organes de contrôle qui auraient toute leur légitimité ?
Tout se passe comme si des intérêts privés, très puissants, ayant leurs entrées dans les palais des états occidentaux et dans les salles de rédactions, avaient décidé qu’un des deux candidats leur serait plus favorable.
Et l’intérêt des ivoiriens dans tout ça ? Qui s’en soucie ?
Je ne sais pas si Laurent Gbagbo doit se retirer. Je ne sais pas si Alassane Ouatarra serait un bon président pour la Côte d’Ivoire. Mais je suis certain que je suis très mal informé, et j’ai le sentiment que la tonalité qu’on donne aux mots n’est pas innocente.
On serait sans doute bien inspiré d’être plus discret, plus neutre, prêt à plus d’assistance…
Parce que si, pour une raison ou une autre, « la communauté internationale » se trouvait démentie par la réalité locale, elle aurait bonne mine ! Et nous avec elle .
ML