humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Le rituel des vœux de nouvel an devient de moins en moins supportable : autant cette coutume est plaisante lorsqu’il s’agit de souhaiter à son entourage que surviennent des évènements espérés (un travail par exemple, une guérison, une naissance…), autant cette manière annuelle de souhaiter le bonheur à tout le monde -mot totalement creux dès lors qu’il ne correspond pas à une attente identifiée de l’autre - paraît artificielle. Internet a largement contribué à dénaturer encore plus ce rituel puisque nous avons tous fait encore cette année l’expérience amère de recevoir des messages de vœux dans lesquels le destinataire que nous sommes se retrouve noyé dans une liste de gens qu’il ne connaît pas forcément ou pire, dans une liste de contacts non identifiés. La seule certitude est celle d’avoir bénéficié d’un généreux clic de souris en provenance d’un l’émetteur qui a jugé, le temps d’une seconde en début d’année, que vous étiez digne de recevoir sa prose. Passons sur l’absence totale d’originalité du message en question, son humour souvent douteux, quand vous n’avez pas droit à l’album photo ou à la vidéo des enfants de l’émetteur dont jusqu’ici, vous vous passiez parfaitement de connaître l’âge et le prénom… Comme vous le voyez, en ce début d’année, La hune se lève du pied gauche !
Le PS nous propose des vœux brouillés : Un qui ne s’est pas levé du pied gauche, au Parti socialiste, c’est Manuel Vals ! … du moins à en croire Benoît Hamon… C’est sûr que vue de l’extérieur, la proposition de « déverrouiller » les 35 heures fait un peu désordre mais cela inspire deux types de réflexion :
En premier lieu, il pourrait sembler étrange qu’au sein d’une formation politique qui se veut démocratique (et assurément, le PS l’est certainement plus que l’UMP, le FN ou le PC), on ne puisse pas débattre, remettre en question des options, dès lors qu’il s’agit d’acquis ou de dogmes labellisés « de gauche ». Une formation qui se veut progressiste doit renoncer à sanctuariser ce qui est du domaine du contingent, par rapport à ce qui constitue son fondement même. Autant les droits de l’homme, l’antiracisme, la laïcité peuvent être considérés comme des valeurs que la gauche ne saurait remettre en question sans y perdre son âme, autant la déclinaison opérationnelle de ces valeurs, à un moment donné de l’histoire, (et les 35 heures nous semblent rentrer dans ce cadre), doit pouvoir faire l’objet de débats. Cela ne signifie évidemment pas que la position de Manuel Vals doit être suivie mais seulement que pour être crédible, la gauche doit éviter de s’enfermer dans des tabous dogmatiques qui font le jeu d’une droite prompte à dénoncer l’archaïsme ou l’immobilisme.
La deuxième réflexion tient à l’opportunité de la position exprimée par Manuel Vals. Ce dernier est trop habile pour ne pas avoir compris que la droite saurait se saisir immédiatement de cette perche tendue… et bien entendu, l’UMP s’est aussitôt engouffrée dans la brèche. On peut évidemment regretter que le débat sur les 35 heures ne soit pas demeuré dans un premier temps du moins, un débat interne et serein au sein du PS. Cependant, il faut aussi reconnaître que le système des primaires voulu par ce parti a comme premier effet pervers d’obliger les « petits » candidats à surmédiatiser leurs positions pour exister face aux ténors. Ce système des primaires, s’il donne des gages démocratiques dont les autres formations politiques feraient bien de s’inspirer avant de donner des leçons de savoir-vivre politique, favorise néanmoins l’expression de positions originales, voire de divisions qui incontestablement vont nuire au PS au moins jusqu’à ce que le candidat pour l’élection de 2012 ait été désigné….
… Cependant, si DSK choisit d’être candidat en juin prochain, la position de Manuel Vals n’est pas pour lui déplaire puisqu’elle le fera apparaître comme un candidat « moins à droite » que le député d’Evry. Cela peut faciliter alors la synthèse qui sera alors nécessaire.
Mais d’ici là, au fond de sa cuisine, tante Martine va devoir inventer des recettes très élaborées pour que le menu reste attrayant !
Le Président nous a proposé des vœux mollets : Rarement, l’expression des vœux présidentiels aura parue aussi fade, sans saveur qu’en ce 31 décembre 2010. Le pauvre président semblait s’ennuyer lui-même à lire son texte sans intérêt, sans coups de mentons, sans engagements concrets… on ne va pas disserter plus longtemps sur ce moment inutile.
Le vœu de pauvreté, de chasteté ou autre, prononcé dans les ordres ecclésiastiques n’a rien à voir avec nos vœux du nouvel an ; il constitue un engagement que l’intéressé va s’efforcer de tenir toute sa vie (avec plus ou moins de bonheur mais ce n’est pas ici l’objet). Cette conception du vœu-engagement est donc bien différente des vœux des hommes politiques. On sait maintenant ce qu’il en est des engagements pris par Nicolas Sarkozy et qui n’ont pas été respectés, de ses promesses non tenues, de ses mensonges… Il y a cependant un engagement que le petit Président tient et va continuer à tenir, un engagement qui, comme la partie immergée de l’iceberg, ne figure jamais ni dans les discours, ni évidemment dans la présentation des vœux aux Français : c’est celui de continuer à servir et à se servir de l’oligarchie économique et financière qui dirige de fait le pays. Il faut absolument lire à ce propos l’excellent livre de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, « Le Président des riches ». Cette enquête très documentée de deux sociologues donne de réelles clés pour comprendre comment l’homme a réussi à se faire accepter par l’oligarchie du CAC 40 pour être le Président qui servirait ses intérêts, et quels réels engagements auprès d’elle, il a tenu et tiendra encore. C’est réellement un livre politique, loin des dogmes éculés ou des slogans tout faits.
On comprend mieux que l’année 2011 sera une année de transition profonde : transition évidemment avant l’élection d’un nouveau ( ?) Président en 2012, mais surtout transition vers une société déstructurée, où le fossé entre exclus et dominants va continuer de se creuser, où la précarité qui grandit dans les classes moyennes les conduit peu à peu vers la dépolitisation, où la religion devient à la fois refuge et en même temps, prétexte à divisions, polémiques et affrontements. 2011, année de transition vers une Europe et une France devenant des proies plus faciles pour l’extrême droite…
Nicolas Sarkozy ne se comporte pas en Président de la République mais en serviteur des seuls intérêts d’un petit groupe qui entend, lui, diriger la France à son seul profit. Que le lecteur nous pardonne cette facilité mais c’est pour cette raison qu’il ne sera jamais un grand homme d’Etat, tout au plus une hommelette un peu baveuse.
dr