humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
On avait dit ici tout le mal qu’on pensait du mauvais spectacle donné par Nicolas Sarkozy à l’occasion de l’anniversaire de la mort du général de Gaulle (voir « lettre ouverte au général de Gaulle du 8 novembre 2010), on ne va tout de même pas passer sous silence la consternante commémoration de la mort de François Mitterrand à laquelle se sont livrés à Jarnac, le 7 janvier dernier, bon nombre de hauts dignitaires du Parti Socialiste et des environs. Et pour ce faire, imaginez que je m’appelle Marcel Dupont…
Je m’appelle Marcel Dupont … et j’habite encore pour quelques années la petite tombe située à Jarnac à quelques pas de celle de l’ancien Président de la République. Ma vie et mon parcours professionnel n’ont aucun intérêt pour les médias et il vous suffit de savoir que comme beaucoup de « petites gens » de ma génération, j’ai été employé ou travailleur manuel, je ne sais plus trop depuis que le docteur Alzheimer s’est invité chez moi. J’ai été parfois chômeur, souvent smicard, bref, une vie simple où les moments de bonheur, et il y en a eu beaucoup, m’ont été d’abord donnés par ma famille et mes amis… Vous vous en foutez ? bon, OK. J’en viens aux faits : voilà que vendredi 7 janvier 2011, j’ai été réveillé brutalement par un vacarme insupportable ! Il faut dire que je me suis accordé une petite sieste de 50 ans (c’est la durée de la concession car comme beaucoup de mes voisins, je suis en location précaire) et j’entendais bien être tranquille dans ma dernière demeure. J’ai vu alors des nuées de photographes se bousculer, piétiner des tombes (dont la mienne), sans même prendre la peine de s’essuyer les pieds, renverser des fleurs, s’invectiver… Certains réclamaient une photo de Mazarine (une petite que je vois de temps en temps toute seule) encadrée par une Martine et une Ségolène que je n’avais jamais vu auparavant ! Et ça se bousculait pour apparaître dans le viseur des cameramen, et ça se poussait, et ça poussait les autres pour qu’ils n’apparaissent pas, eux ! Les discours étaient aussi sincères que peuvent l’être les vœux du Président de la République à Bernard Thibault ! (ce que l’intéressé a d’ailleurs bien compris). Le père François (c’est comme ça qu’on l’appelle entre nous, ses voisins) était devenu une sorte de demi-dieu, objet de la vénération de fidèles ( ?) qui déroulaient le fil de leurs souvenirs comme une guirlande de Noël… à croire que c’était eux plus que moi qui avaient des symptômes de la maladie d’Alzheimer ! Le comble, ça été quand on leur a demandé de poser pour faire semblant de se recueillir ! Ils n’ont d’ailleurs pas compris, la plupart ignorant que le verbe recueillir pouvait se conjuguer à la forme pronominale ! Ils étaient venus pour recueillir des voix et pas pour autre chose !
Je m’appelle « La hune » et je suis encore de ce monde… Mais pas de ce monde politicien qui réinvente l’histoire au gré de son actualité personnelle. Nos responsables de droite et de gauche sont pris, à quelques mois d’intervalle, en flagrant délit de récupération d’héritage politique à des fins électorales. Je sais bien qu’en écrivant ceci, je ne fais qu’enfoncer une porte ouverte sur le vide béant qui s’offre aujourd’hui en guise de programme concret pour permettre aux enfants de Marcel Dupont de vivre avec un peu plus de dignité et de justice dès 2012. Que ce soit à l’occasion du carnaval Lepéniste du souvenir de Jeanne d’Arc, de la résurrection du Général de Colombey sous la baguette du petit Nicolas ou de la piste aux étoiles et sa parade des éléphants à Jarnac, tous les acteurs n’ont qu’un souci en tête, utiliser l’Histoire pour se mettre en scène eux mêmes en espérant que le spectateur-électeur-gogo leur confèrera un rôle d’acteur de cette Histoire. Ils oublient simplement que le spectateur ne confond pas, et heureusement, les comédiens et les figurants, et que le bilan qu’ils tireront dans les urnes de cette mascarade sera vraisemblablement nul.
Il serait même assez amusant de constater que tous ces « commémorateurs » de droite ou de gauche qui sont prêts à tout ou presque pour faire décoller leurs candidatures, soient victimes d’un crash électoral qui les ramènent sur le plancher des vaches de Domrémy, de Colombey ou de Jarnac…
…Mais si d’aventure, vous passez au cimetière de Jarnac, ne cherchez pas trop la tombe de Marcel Dupont, elle n’existera plus dès la fin de cette chronique. Contentez vous de déposer une fleur sur la tombe de l’un ou l’autre de ces voisins inconnus dont, le 7 janvier 2011, le souvenir a été piétiné. Ils le valent bien.
dr