humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Mardi 7 septembre, Eric Cantona et les animateurs du « Bankrun 2010 » appellent les clients des Banques à retirer massivement leur argent aux guichets des Banques, pour tenter de faire exploser le système financier. Il semble acquis que cette tentative n’atteindra pas le but que se sont fixés les initiateurs de ce projet et d’une certaine manière, c’est sans doute mieux ainsi si l’on partage les vues du rédacteur d’Alternatives économiques dont on pourra lire l’article dans les pages économiques de « La hune ». Pour autant, Eric Cantona et ses amis sont loin d’être « hors jeu » dans le domaine du symbole, symbole dont on peut souhaiter qu’il ne fasse qu’anticiper sur des décisions de nature politique.
1 : Le système financier bafoue les Etats :
La crise économique nous apporte tous les jours la preuve que le système financier n’a cure de la souveraineté des Etats puisque à peine, ceux-ci lui ont-ils permis de se renflouer qu’il s’en prend aux plus vulnérables d’entre eux ! Le système crée la crise, se consolide par les Etats, s’engraisse de la crise pour à nouveau la créer… La machine infernale ne s’arrête plus et la communauté internationale est pour l’heure, incapable de réguler quoi que ce soit. Les bonus continuent à pleuvoir sur des acteurs inconséquents, ces laquais qui ne connaissent que la seule loi de la course au profit financier, au bénéfice des maîtres du marché que sont devenus notamment les fonds de pension américains (mais pas seulement eux), les organismes de retraite européens, les banques etc… Et cette machine infernale engendre à la fois la crise financière et l’appauvrissement du tissu économique de nombre de pays qui connaissent délocalisations et chômage de masse. En dépit des coups de menton de leurs dirigeants, les Etats sont actuellement impuissants face au système qu’ils n’ont pas su ou pas voulu réellement remettre en cause.
2 : Quel sens peut encore avoir la démocratie ?
A quoi sert de voter pour des dirigeants qui non seulement, sont impuissants face au système, mais de surcroît, estiment qu’une fois élus, ils disposent d’un blanc-seing qui les autorise à décider seuls de mesures qui ne faisaient pas partie de leur programme électoral. Cela est vrai dans toutes les démocraties mais l’est singulièrement en France. On ne va pas ici dresser une liste à la Prévert mais on peut citer quand même la réforme des retraites votée contre l’avis d’une grande majorité de nos concitoyens, le retour dans le giron de l’OTAN, l’envoi de troupes en Afghanistan… Le citoyen est écarté des décisions qui engagent son avenir ou celui de ses enfants et il n’est pas étonnant, dans ces conditions, qu’il cherche à explorer d’autres voies, à utiliser d’autres moyens que le bulletin de vote, pour réussir à se faire entendre. Lors des mouvements de protestation contre la réforme des retraites, on a entendu certains parlementaires de droite s’insurger contre les manifestations de rue au motif que les syndicats ayant été consultés ( !), la règle démocratique voulait que ce soit au seul Parlement de décider in fine. Qu’importe si la majorité des Français était opposée à la réforme qu’on leur proposait. Il en est de même pour l’initiative d’Eric Cantona qui essaie de contourner l’impuissance des Etats et de leurs dirigeants en les provoquant sur la scène dont ils veulent rester les maîtres, à savoir, le symbole et sa médiatisation.
Le symbolique, chasse gardée du politique ?
A entendre les cris d’orfraie de Christine Lagarde, de François Baroin, de la Banque Centrale Européenne et de tas d’experts de tous poils, Eric Cantona mérite un carton rouge ! Il faut l’exclure du terrain de la finance puisqu’il n’en respecte pas les règles. La question n’est évidemment pas là parce qu’à moins d’un miracle, la démarche qu’il a initiée ne peut aboutir : les clients des banques sont pour partie des otages qui ne peuvent se libérer du jour au lendemain, ne serait ce que pour des raisons techniques (chacun sait qu’il ne peur retirer tous ses avoirs en liquide sans l’accord de la banque). La vraie question est qu’Eric Cantona intervient dans le champ du symbolique, qui est le seul qui reste aux dirigeants politiques. Ces derniers sont impuissants à enrayer la montée du chômage, à maîtriser la finance, à assurer la paix, à sauvegarder l’environnement… Il ne leur reste que l’utilisation du symbole pour manifester leur maîtrise d’évènements qui les dépassent. Encore faut-il que nul ne vienne les concurrencer ou les contredire sur ce terrain et c’est bien là que le bât d’Eric Cantona les blesse. Et pourtant, en taxant d’incompétence financière notre trublion du football, ces bons experts avouent de fait leur totale incapacité à concevoir un ou des modèles alternatifs qui seraient la seule réponse intelligente à la question que posent les dérives du système financier. Amender, réparer ce système n’est sans doute plus l’attitude qui convient car cela suppose de trouver un accord politique qui par nature, est long à négocier et à faire accepter par les Etats partenaires. En continuant à se situer dans le cadre imposé par les acteurs de la finance internationale, les politiques se condamnent à perdre la course, tant il est vrai que ne s’embarrassant pas de la moindre contrainte morale ou démocratique, les acteurs financiers auront toujours une longueur d’avance.
Le 7 décembre au soir, on pourra constater que, bien que le score n’ait pas varié sur le tableau d’affichage, Eric Cantona aura atteint son but. Et en plus, il aura gagné des supporters.
dr