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La république n’a plus qu’un tour dans son sac…

 

 

En France, l’élection du Président de la République au suffrage universel à deux tours est-elle réellement un exercice démocratique ? La question peut paraître inopportune à l’heure où dans de nombreux pays, les dictatures continuent à prospérer avec pignon sur rue à l’Assemblée Générale de l’ONU, au moment où des peuples manifestent et se révoltent pour qu’un embryon de démocratie puisse voir le jour… et pourtant, la question mérite d’être posée tant la politique-spectacle a contribué à pervertir l’usage des institutions de la Vème République.

 

 

1 : Le Président de la République est devenu un monarque irresponsable :

 

Aux termes de la constitution, le Président de la République est un arbitre qui se situe au-dessus des partis, du gouvernement et du Parlement. S’il dispose de pouvoirs extrêmement étendus, c’est dans le but de permettre, en cas de crise institutionnelle par exemple, en cas de crise internationale ou lorsqu’un risque de guerre civile se fait jour, que le pays puisse continuer à être gouverné. Or, les Présidents successifs de la Vème République n’ont eu de cesse d’asseoir leur autorité personnelle pour laminer de plus en plus le rôle du Parlement et transformer le Gouvernement en exécuteur des volontés présidentielles. Nicolas Sarkozy a poussé l’exercice jusqu’à la caricature en se dotant de « conseillers » qui tirent eux-mêmes les ficelles de marionnettes-ministres qui n’ont d’autres ressources que de cautionner et d’appliquer les directives venues de l’Elysée. Le problème, c’est que seul, le Gouvernement peut voir sa responsabilité engagée par les députés ; les « conseillers » ne peuvent être démis de leurs fonctions que par le Prince qui les a choisis alors même qu’ils sont les véritables instigateurs de la politique menée par l’exécutif, sans être contrôlés par ceux qui ont en charge d’opérer ce contrôle.

Par ailleurs, le Président actuel s’est immiscé de plus en plus dans le travail Parlementaire en saisissant toutes les occasions que l’actualité pouvait offrir pour faire élaborer projets de lois sur projets de lois, sans le moindre surcroît d’efficacité bien entendu. L’exemple de l’empilement des lois d’essence sécuritaire en témoigne malheureusement.

Enfin, s’il est normal que de par sa fonction d’arbitre, le Président ne puisse être destitué de sa fonction que par la Haute Cour de Justice, du fait d’agissements particulièrement graves, la dérive de nos institutions a pour conséquence  que la responsabilité politique de ce dernier ne peut jamais être mise en œuvre, alors même qu’il intervient au quotidien dans la gestion des affaires du Gouvernement et du Parlement. En d’autres termes, l’élection Présidentielle est devenue la désignation d’un monarque de fait qui ne peut voir sa responsabilité politique engagée par ceux là même qui l’ont porté au pouvoir, quand bien même il trahit ses engagements, ses promesses et ses électeurs. Ce n’est qu’à l’échéance du quinquennat que cette responsabilité est engagée et que le citoyen a la possibilité de la sanctionner. Ainsi, en pouvant s’affranchir des promesses qu’il a faites et du programme sur lequel il s’est fait élire, le Président devient le monarque dont le « bon plaisir » de l’instant devient de fait le guide de l’action. L’élection Présidentielle n’a donc rien à voir avec un contrat démocratique.

 

2 : Le scrutin à deux tours perverti :

 

Le scénario du 22 avril à l’envers ou à l’endroit, que certains le redoutent ou l’espèrent, hante les esprits au point de vider de sa substance l’intérêt du premier tour de l’élection Présidentielle, sauf pour les candidats qui n’ont pour ambition que de se compter ou de faire entendre les idées qu’ils défendent. Cette attitude est tout à fait démocratique et on ne saurait la reprocher ni aux candidats qui vont se présenter sans espoir d’atteindre le second tour, ni à leurs partisans… à un bémol près, cependant : il s’agit d’une élection et pas seulement d’une campagne. En clair, la finalité de l’opération est bien de désigner le premier responsable du pouvoir exécutif et on ne peut se désintéresser de l’ordre dans lequel arriveront les prétendants à l’issue du premier tour de l’élection. Cela signifie que l’électeur dont le but est de s’opposer in fine à la désignation d’un Président de droite ou de gauche, va devoir voter « utile » dès le premier tour, afin que le candidat qui lui paraît le plus à même de battre celui dont il ne veut pas soit présent au second tour. On est loin de la démocratie et on comprend que nombre d’électeurs se sentent frustrés à l’idée de ne pas pouvoir choisir au premier tour celle ou celui qui leur paraît le mieux représenter leurs valeurs. Il existe un profond dilemme pour nombre de citoyens et la concentration des pouvoirs aux mains d’un Président qui échappe à tout contrôle politique ne le rend que plus préoccupant. A cela s’ajoutent évidemment la dictature des sondages, des médias trop souvent esclaves de l’image au détriment du fond, qui font que seul, l’enjeu du résultat du second tour de l’élection fait débat, au détriment du débat d’idées qui fonde la démocratie.

 

 

Il devient urgent que des voix se fassent entendre pour proposer une réforme profonde de nos institutions : Le Président de la République doit retrouver un rôle d’arbitre sans intervenir dans la gestion du quotidien. Il revient au Gouvernement de faire son travail sous le contrôle du Parlement. Il nous faut retrouver la notion de contrat démocratique qui est l’essence de la démocratie élective. Un programme doit constituer un engagement qui doit être tenu, sous peine de renvoyer les responsables devant les électeurs… sans attendre l’échéance de leurs mandats. Si de profondes réformes de nos institutions n’interviennent pas rapidement, il ne faudra pas s’étonner si l’abstention progresse au point de supprimer l’intérêt même de toute élection.

 

 

dr

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