humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Décidément, Rachida Dati ne goûte guère les vacances forcées à Strasbourg. Lorsque son bienfaiteur lui a donné congé du gouvernement (donner congé, congédier, c’est plus élégant que mettre à la porte ou « virer » !), on avait bien senti que l’implication pour les affaires européennes n’était pas flagrante ( cf l’intervention homérique devant les militants UMP pendant la campagne), mais de là à se désintéresser ostensiblement des débats en plein hémicycle, à confier à un intime au téléphone qu’elle s’ennuie profondément, qu’elle ne tiendra pas longtemps etc… après pourtant avoir brigué de hautes responsabilités à ce même Parlement européen ! quelle insulte à la démocratie !
Le chanoine patelin Xavier Bertrand a beau lui donner l’absolution en l’érigeant en martyre (c’est de l’acharnement contre Rachida Dati a-t-il sermonné), l’UMP est bien embarrassée et on le serait à moins. Reconnaissons cependant qu’elle n’est pas la seule responsable de cette lamentable affaire : En voulant se séparer d’une fidèle mais cependant devenue encombrante collaboratrice, N. Sarkozy a voulu lui offrir des vacances dorées à Strasbourg. Dans le monde de l’entreprise, les vacances forcées ne sont jamais appréciées par les salariés ; d’ailleurs, ce type de congés ne s’appelle pas « vacances » mais « chômage technique ». Reconnaissons aussi que le procédé n’est pas une exclusivité de la droite et que la gauche pourrait aussi balayer devant sa porte, lorsqu’elle a été au pouvoir. Quoi qu’il en soit, ce genre de pratique est indigne d’une démocratie.
Continuons le film : changement de plan : Dans le très beau décor du Sénat, un sénateur figurant est chargé d’actionner le bouton de vote de ses collègues retenus ailleurs ( ?). Pas de chance, il n’avait pas bien lu le scénario et il tourne les boutons à l’envers ! résultat, un amendement communiste est adopté, conduisant au rejet du projet de loi ratifiant l'ordonnance de redécoupage des circonscriptions législatives. Enfin un gag inattendu dans cette vieille série consacrée à la cuisine électorale et au dénouement cousu de fil blanc. On en sourit mais au-delà du gag, cet absentéisme des Parlementaires est attristant pour la démocratie.
Changement de séquence : Deux courtes scènes nous montrent l’une, des militants de Greenpeace montant à l’assaut du toit de l’Assemblée Nationale, l’autre, des militants de Sud la Poste escaladant les grilles du Palais Bourbon à la suite du preux Olivier Besancenot. Il s’agit bien sûr de simples actions de marketing politique visant à occuper un court moment l’espace médiatique. Le procédé est aussi vieux que l’usage des bandes annonce pour vanter le film qui suivra « prochainement sur cet écran » ; s’y ajoutent simplement de temps en temps quelques cascades ou effets spéciaux. Cela pose cependant question : si nos Parlementaires, européens ou nationaux se consacraient exclusivement à leur travail d’élus de la Nation, assisterions nous à ce type de spectacle où derrière le symbole, c’est la démocratie parlementaire qui est remise en question ?
On a trop oublié qu’être élu député ou sénateur, c’est être choisi pour voter des lois qui s’appliqueront à tous, au nom de l’intérêt général. Une fois élu par une circonscription, le parlementaire devient représentant de l’ensemble de la nation et n’a pas vocation à représenter les intérêts particuliers de ceux qui l’ont élu. Cette vision de la démocratie parlementaire est inconciliable avec la pratique du cumul des mandats. Pour revenir à ce qui se passe en entreprise, les électeurs désignent des délégués du personnel qui sont chargés de la défense des intérêts particuliers ou collectifs mais qui ne sont pas investis d’un quelconque pouvoir de décision ou de négociation (mis à part dans les petites entreprises, mais la France n’est pas une petite entreprise). En revanche, c’est le délégué syndical qui lui, a le pouvoir de signer les textes (accords d’entreprise) et ce dernier qui est nommé par son syndicat ne dépend pas des suffrages des électeurs. Dans notre système Parlementaire, les élus qui ont la même vocation que le délégué syndical d’entreprise se comportent en délégués du personnel de par l’existence de mandats locaux auxquels ils refusent de renoncer. Une des raisons de l’absentéisme parlementaire se trouve ici, tout comme le manque d’intérêt croissant des citoyens pour la politique.
Il serait judicieux que des spécialistes du droit constitutionnel fassent des propositions de nature à faire évoluer nos institutions afin de favoriser réellement le travail parlementaire, en réfléchissant aussi à un statut du parlementaire dont on sait qu’il doit être un professionnel de la politique et se comporter comme tel, mais dont le métier de « politique » ne doit pas être un emploi à vie.
On manquerait sans doute les confidences de colonie de vacances de Madame Dati, on aurait moins d’inscrits à l’école buissonnière des Parlementaires mais qui s’en plaindrait ?