humeurs, bonnes ou mauvaises, mais à consommer sans modération!
Il ne viendra à l’idée de personne de contester la nécessité d’envisager une réforme profonde de notre système de retraites. C’est même un impérieux devoir non seulement du gouvernement, mais également des partis politiques, des syndicats, du patronat et de tous les acteurs de la société civile. Le hic, une fois de plus, c’est qu’on polarise le débat médiatiquement sur quelques points qui permettent de « cliver » (en termes journalistiques modernes, quelle horreur !), les positions respectives des acteurs politiques et syndicaux. Ils y trouvent évidemment l’avantage de s’opposer sur la scène et donc, d’exister. L’inconvénient majeur, c’est que les problèmes sont réduits aux seuls points de friction et l’ensemble des autres questions est éludé. Essayons nous à quelques réflexions sur la mise en scène du spectacle proposé…
1 : Dans la lumière des projecteurs : le « tabou » de l’age légal de départ à 60 ans …
C’est l’exemple frappant de la sur-médiatisation d’un point d’opposition entre les acteurs politiques qui leur permet d’exister : Il est clair que pour beaucoup de salariés qui ont aujourd’hui 60 ans et pour tous ceux qui sont plus jeunes, de plus en plus rares sont ceux qui ont et qui auront une durée de cotisation suffisante pour liquider leur retraite à taux plein, et ce, du fait que l’entrée dans la vie active, conséquence d’études plus longues, s’est opérée plus tardivement. Par ailleurs, la durée de cotisation exigée pour liquider la retraite à taux plein n’a cessé de s’allonger depuis plusieurs années et personne ne remet cette évolution aujourd’hui en cause. Enfin, la loi dite Fillon permet maintenant pratiquement à tout salarié qui le souhaite, de rester dans l’entreprise même lorsqu’il a dépassé l’age de 60 ans et qu’il remplit les conditions de cotisation pour liquider à taux plein sa retraite. Eriger en dogme intangible le départ à 60 ans comme le clame une partie de la gauche ou faire semblant de s’y attaquer seulement aujourd’hui comme le fait le gouvernement, relève donc de la manipulation de l’opinion.
Ce qui est vrai en revanche, c’est que ceux qui ont aujourd’hui 60 ans et qui remplissent les conditions pour partir sont statistiquement les salariés qui n’ont pas fait de longues études, qui donc occupent les emplois les moins qualifiés, donc les moins payés, qui ont eu en général des conditions de travail plus pénibles et qui de surcroît, ont une espérance de vie moindre. Repousser uniformément l’age de départ pour tous les salariés revient en premier lieu à s’attaquer à ces salariés : ils sont évidemment beaucoup plus touchés que les cadres pour les quels et du fait de leurs études, la durée de cotisation n’est de toutes façons pas suffisante pour qu’ils partent à 60 ans. Là, on n’est pas dans la manipulation de l’opinion mais dans l’attaque délibérée à certaines classes sociales.
2 : Le flou artistique : qui va payer ?
Autant Eric Woerth se veut tonitruant et manichéen quand il évoque l’age de départ en retraite, autant le flou est de mise quand il s’agit du financement du régime, et particulièrement, la contribution qui pourrait être demandée aux « hauts revenus », notion qui est dénuée de toute signification chiffrée. S’agit il des seuls revenus tirés du travail ? du capital ? du patrimoine ? s’agit il d’une taxe ou d’un impôt sur le patrimoine des particuliers ? d’une taxation des bénéfices des entreprises en général ? des entreprises financières seulement ? d’une taxe sur les opérations financières ?????? réponse à plus tard ! pour l’heure, Sarkozy a fait l’annonce et s’en contente. La déclinaison précise viendra plus tard, ou ne viendra pas du tout, à l’instar de tant de promesses et d’annonces non suivies d’effets.
3 - L’écran noir en 3D :
La première dimension, c’est la période de la vie active, la seconde, la retraite active et la troisième, la période où la diminution de l’autonomie nécessite de recourir à une assistance de la collectivité ou le recours à l’aide aux personnes.
Le baby boom de l’après guerre entraîne un flux croissant de néo retraités dont le régime doit trouver un financement devenu hypothétique. Par ailleurs, l’augmentation de l’espérance de vie fait que le financement devra couvrir une période de retraite plus longue mais aussi, que le nombre de retraités devenant plus ou moins dépendant sera lui aussi en nette augmentation… d’ici une vingtaine ou une trentaine d’années. Et sur ce point, on n’entend guère de propositions ! Le marché de la dépendance est investi par le secteur privé qui multiplie les constructions de maisons de retraite, mais pour quelle population ? Combien de retraités peuvent aujourd’hui financer seuls leur séjour en maison de retraite ? Combien pourront le faire dans 20 ans ?
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Question qui n’a rien à voir : où est donc passée Fadela Amara ? silence radio depuis plusieurs mois ! le plan Marshall pour les banlieues est passé à l’attrape nigaud ! question qui n’a rien à voir peut-être… sauf que, pour financer les retraites d’aujourd’hui et de demain, il faut des cotisations, donc, des actifs, donc, de l’emploi. Où se trouvent les éventuels cotisants supplémentaires dont nous aurions besoin ? à Neuilly ou dans les banlieues dans lesquelles on continue à faire prospérer le chômage, faute d’une politique de développement et de moyens à la hauteur de ces enjeux considérables ?
dr